Levure - Juliette Hayer

Pour gagner sa vie en attendant de décrocher une résidence d’écriture en cinéma, Charlotte débute un job alimentaire dans une boulangerie industrielle. Elle fait la connaissance de ses collègues, qui ont l’air sympathiques, de sa chef, qui se révèle rapidement avoir la gueulante facile, et de Romina, la sans-abri d’en face plutôt prompte aux prédictions délirantes. Les horaires sont difficiles, le travail épuisant et les clients parfois pénibles. Les efforts de Charlotte pour écrire un scénario patinent et, après quelques jours, elle commence à avoir d’étranges hallucinations (elle n’est d’ailleurs pas la seule). Levure, la première BD de l’autrice française Juliette Hayer, possède un potentiel de bizarrerie horrifique qui m’a tout de suite attiré. ...

19.04.2026

Club de lecture - Folie

Hier, je devais participer à un club de lecture sur le thème de la “folie”, thématique à interpréter très librement. La vie et les déchirures musculaires étant ce qu’elles sont, je n’ai finalement pas pu m’y joindre. Heureusement tout n’est pas perdu car je me suis servi de mes notes pour rédiger ce qui suit. J’avais restreint mes choix à trois ouvrages : un roman, une pièce de théâtre et une BD. Comme roman, j’ai choisi La compagnie des spectres, de Lydie Salvayre. J’ai découvert cette singulière autrice via le podcast Bookmakers d’Arte Radio. Dans ce livre sorti en 1997, la folie se manifeste par le biais d’une dame âgée convaincue d’avoir affaire à des sbires du Maréchal Pétain et de Joseph Darnand (fasciste et collabo de la pire espèce). Alors qu’un huissier fait l’inventaire de l’appartement dans lequel elle vit - pauvrement - avec sa fille, cette dernière tente tant bien que mal de faire cesser les torrents d’insultes proférées par sa mère, de conserver un peu de dignité et de raconter son histoire à l’intrus imperturbable. C’est un roman très piquant, souvent drôle de par le ton utilisé, alors qu’il traite pourtant de l’Occupation et des traces indélébiles qu’elle a laissées. ...

17.04.2026

Mon travail n'est pas terminé - Thomas Ligotti

Je n’avais jamais entendu parler de Thomas Ligotti avant d’avoir vent de ce livre d’horreur corporate, édité en français pour la première fois en 2023 (plus de vingt ans après sa sortie aux États-Unis) et réédité en poche cette année. Outre Atlantique (comme on dit), cet auteur discret et septuagénaire est pourtant considéré comme un maître de l’horreur à tendance philosophique et weird, tout en étant davantage porté sur les nouvelles que sur les romans. Cet ouvrage, dans son format poche, contient ainsi le roman éponyme Mon travail n’est pas terminé et deux nouvelles (contre quatre dans la version brochée). Il nous transporte au début des années 2000, à une époque où les cubicles n’avaient pas encore été remplacés par les open spaces. ...

10.04.2026

Eldorado - Laurent Gaudé

Eldorado, de l’auteur français Laurent Gaudé, est sorti il y a vingt ans cette année. C’est un roman qui explore la thématique des migrations, et ce de deux points de vue : celui d’un commandant de frégate italienne - Salvatore Piracci - patrouillant la Méditerranée et celui de deux frères soudanais - Soleiman et Jamal - s’apprêtant à tenter le périlleux voyage vers l’Europe. En me renseignant un peu, j’ai constaté que l’auteur s’était inspiré des événements de septembre 2005 à Ceuta, lorsque 500 personnes ont été accueillies par des balles réelles pendant leur tentative de traverser la frontière de l’enclave espagnole (pour un bilan, selon les sources, d’entre 5 et 13 morts et de nombreux blessés). À cela s’ajoute, faut-il le préciser, le contexte des milliers de cadavres repêchés en Méditerranée au cours des dernières décennies. ...

07.04.2026

Seyvoz - Maylis de Kerangal & Joy Sorman

Avant de tomber sur Seyvoz un peu par hasard dans une bouquinerie, je ne connaissais pas Joy Sorman, par contre j’avais déjà beaucoup aimé Naissance d’un pont, un roman de Maylis de Kerangal dans lequel celle-ci raconte la construction d’un grand pont en Californie (sans se priver d’aller dans les détails techniques). Difficile de dire d’où proviennent les idées s’agissant d’un livre écrit à quatre mains, mais le fait est qu’il est également ici question d’un ouvrage nécessitant l’apport d’ingénieurs qualifiés et de très nombreux ouvriers venant d’un peu partout. Après le pont, place au barrage. Seyvoz est avant tout un village fictif, englouti suite à la construction d’un grand barrage dans les années 50 (qui dans la réalité semble correspondre au barrage de Tignes qui a mené à l’évacuation de la bourgade du même nom). Alors qu’un ingénieur est envoyé sur place de nos jours pour inspecter les installations, il est confronté à une atmosphère étrange, éthérée et quelque peu surnaturelle. Il plane sur la région une absence quasiment hostile qui le laisse désemparé. Par moments, le récit nous emmène assister à des bribes du passé : les ultimes instants du village, la résistance de ses habitants, des drames survenus pendant les travaux colossaux. En somme, pas mal de choses en une grosse centaine de pages. C’est un petit livre qui fonctionne bien, même s’il conserve ses mystères et que je reste quelque peu dans le flou après l’avoir refermé. ...

30.03.2026

Notules (15) - Sabrina Calvo, Collectif

J’ai été très peu réceptif à Melmoth Furieux. Ce roman aurait pu me plaire, avec son présent alternatif dystopique, sa Commune de Belleville (qui parlera surtout aux Parisiens) barricadée contre un extérieur aussi ravagé que menaçant, la protagoniste Fi - couturière en colère - et les nombreux enfants qui l’accompagnent, sans parler de l’envie bien compréhensible d’aller cramer le parc EuroDisney transformé en épicentre du mal. Dystopie, mais également fantastique tant le rêve et la réalité s’y mélangent (au point de me rappeler Jeff Noon, également édité chez La Volte). Le style de Sabrina Calvo est très travaillé : c’est probablement très beau, ça m’a surtout tenu à distance. Le lyrisme, les symboles partout, les changements de sujet à tout bout de champ et les personnages nébuleux ont été autant de prises glissantes auxquelles je n’ai pu m’accrocher. J’ai scanné le dernier quart à toute vitesse sans plus comprendre grand-chose, en m’en fichant un peu et avec hâte que ça se termine. Tant pis. ...

27.03.2026

L'histoire de Mother Naked - Glen James Brown

Après son premier roman Ironopolis sur lequel je lorgne depuis quelques temps, le Britannique Glen James Brown a sorti son deuxième roman en 2024 : L’histoire de Mother Naked, dont le récit se déroule au XVe siècle dans le nord de l’Angleterre. On est tout de suite mis dans le bain grâce au narrateur, le ménestrel Mother Naked, qui s’adresse à une assemblée de nobles et de marchands réunis pour leur fête annuelle dans la petite ville de Durham. C’est qu’il a une histoire à leur raconter : celle du Spectre qui a terrorisé et causé la perte du village de Segerston, non loin de là, quelques décennies plus tôt. Mais pour en arriver là, il faut revenir un peu en arrière. Raconter le quotidien des serfs harassés par des récoltes épuisantes et parfois bien maigres, les conflits entre familles et les lois immuables (vraiment ?) qui les maintiennent dans leur condition. ...

20.03.2026

Notules (14) - Laura Vazquez, Megan Whalen Turner

Pas facile d’écrire un mot sur La semaine perpétuelle car je n’avais jamais rien lu de pareil, je manque de points de comparaison. C’est bien un roman, mais c’est aussi de poésie en prose. Au-delà des monologues intérieurs et des réflexions dont sortent parfois des fulgurances sublimes, il y a une histoire et des personnages : un père obsédé par la propreté, une mère disparue, une grand-mère aux portes de la mort, un frère et une sœur dont Internet et ses réseaux sont des sortes d’extensions naturelles. L’écriture de Laura Vazquez est une des plus étranges et exigeantes que j’ai jamais vues, et pourtant ce n’est jamais ni verbeux ni prétentieux. C’est même plutôt fluide et je n’ose imaginer le boulot qu’il a fallu pour obtenir ce résultat. Alors bon, je n’ai pas tout compris, mais c’est un livre très singulier et difficile à lâcher. ...

14.03.2026

La guerre des salamandres - Karel Čapek

Karel Čapek a sorti La guerre des salamandres en 1936, deux ans avant que son pays - la Tchécoslovaquie - commence à être dépecé par son voisin nazi suite aux accords de Munich. L’auteur décrit dans ce livre la découverte de salamandres bipèdes sur une petite île du Pacifique, découverte qui entraîne leur multiplication rapide. Avec le temps, elles deviennent capables de parler, puis de construire des digues, puis des aménagements de plus en plus ambitieux, et tout ça sans rechigner à la tâche. Inévitablement, leur force de travail finit par être exploitée pour répondre aux intérêts d’une humanité avide, fascinée, et pas du tout préoccupée par les conséquences potentielles de ce qu’elle est en train de faire. Qu’importe qu’on aille droit dans le mur, si on vit un nouvel âge d’or ? ...

09.03.2026

C'est toi ma maman ? - Alison Bechdel

Après le succès de Fun Home consacré à son père, Alison Bechdel a enchaîné quelques années plus tard avec C’est toi ma maman ? consacré à sa mère. Sur le fond, les deux BD se ressemblent, mais j’ai noté des différences importantes. On ne pouvait certes pas qualifier Fun Home de “léger”, mais il laissait tout de même de la place à cet humour froid qui m’avait beaucoup plu. Cette BD-ci est encore plus dense et cérébrale. L’autrice la consacre en grande partie à ses séances de psychothérapie et à ses lectures de psychanalystes (avec des citations généralement cryptiques, au mieux). Elle s’intéresse aussi beaucoup aux écrits de Virginia Woolf, heureusement beaucoup plus lisibles. ...

04.03.2026