Notules (19) - Michèle Pedinielli, Alizée Delpierre

Ayant beaucoup aimé Boccanera et Après les chiens, j’ai été bien content de retrouver la détective privée niçoise Ghjulia Boccanera, dite Diou, quinquagénaire au caractère bien trempé inventée par l’autrice niçoise Michèle Pedinielli. Cette troisième enquête prend d’emblée un tour personnel pour Diou, car la nièce de son ex-compagnon (le policier Jo Santucci) a été retrouvée morte brûlée dans le coffre de sa voiture. Letizia était une brillante journaliste de France 3 Corse et son meurtre est un choc. À la demande de Jo, Diou quitte Nice et retourne sur l’île - dont elle est originaire - pour enquêter en parallèle de la police. Pendant ses recherches, elle renoue avec la famille de Letizia dont elle a fait partie, il y a longtemps. J’aime bien les polars qui nous emmènent en voyage et La patience de l’immortelle en est un bel exemple. Ballades dans le maquis, vues imprenables sur la mer, cafés noirs et locaux taciturnes : on s’y croirait. Souvent touchant et nostalgique, mais aussi drôle, c’est un récit qui mériterait un badge “100% Corse”, qui se lit en quelques heures et qu’il est difficile de lâcher avant d’en avoir le fin mot. ...

05.06.2026

Club de lecture - Insomnie

Ce mois-ci, le thème du club de lecture était “insomnie”, un sujet que je connais bien étant donné qu’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu un sommeil contrarié. Un roman m’est vite apparu une comme une évidence, en cela qu’il m’a valu des débuts de nuits fiévreux plus occupés à me demander ce que j’étais en train de lire qu’à essayer de dormir : Vita Nostra, des Ukrainiens Marina et Sergueï Diatchenko. Lors de sa parution en français en 2019, il a suffisamment fait parler de lui pour attirer mon attention. Je me rappelle avoir été totalement déstabilisé par ce récit qu’on pourrait qualifier d’initiatique, celui d’une jeune femme forcée de rejoindre une école de magie au fonctionnement incompréhensible, souvent injuste, voire révoltant. Plus de cinq ans après, je m’en souviens comme d’une lecture marquante liée à des endormissements difficiles. ...

29.05.2026

New thing - Wu Ming 1

J’ai déjà eu l’occasion de parler ici de Wu Ming, un collectif d’écrivains italiens dont j’ai adoré OVNI 78 et Proletkult. Ce roman-ci est signé Wu Ming 1, c’est donc un ouvrage écrit par un seul membre du groupe (Roberto Bui de son vrai nom). Qu’il s’agisse des romans signés en commun ou en solo, signalons qu’on est encore très loin de les avoir tous en français et que c’est bien triste. Heureusement les éditions Métailié ont eu la bonne idée de faire traduire New thing il y a déjà bientôt vingt ans, alors profitons-en. Au programme, il est question de l’émergence du free jazz aux États-Unis dans les années 60 sur fond de mouvements afro-américains et de troubles sociaux. ...

25.05.2026

Notules (18) - Thomas Gunzig, Naomi Novik

J’aime bien Thomas Gunzig et j’ai commencé Rocky, dernier rivage distraitement, sans savoir à quoi m’attendre. Si j’ai vite reconnu son style acéré, je n’avais pas vraiment prévu de me manger une telle rafale de désespoir et de noirceur. L’auteur bruxellois y met en scène une famille de multimillionnaires propriétaires d’une île privée entièrement équipée pour tenir en autonomie dans le grand luxe pour des décennies. Lorsque les choses tournent mal du côté de la civilisation, le couple et ses deux enfants s’y réfugient avec deux domestiques (ces derniers étant les seuls personnages vraiment sympathiques de cette histoire : les autres inspirent soit la pitié, soit le mépris). Et les voilà donc là, seuls, pour une expérience post-apocalyptique tout confort. Bientôt, plus aucun contact de l’extérieur ne leur parvient. Comment va bien pouvoir se comporter une famille de riches gâtés laissée à elle-même ? La lecture - tendue - qui en résulte ne favorise pas un sommeil serein. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que Thomas Gunzig a en partie écrit ce roman pour exorciser la pandémie de covid et les inégalités criantes qu’elle a révélées. ...

21.05.2026

La Miséricorde de l'ancillaire - Ann Leckie

C’est l’heure de clôturer Les Chroniques du Radch, cycle de space opera paru au milieu des années 2010 et signé de l’Américaine Ann Leckie. La Miséricorde de l’ancillaire commence quelques jours après la fin du tome précédent (L’épée de l’ancillaire) et la majeure partie de l’histoire tourne à nouveau autour de la station spatiale Athoek et de ses habitants. On y retrouve les personnages que nous connaissons (ainsi que leurs états d’âme) mais des petits nouveaux aux caractères bien marqués font leur apparition (l’un.e est gentiment sarcastique et l’autre complètement loufoque : un renouvellement bienvenu). En tout cas on reprend vite nos marques : il est toujours autant question de dynamiques de pouvoir, de thé, de coutumes strictes et de hiérarchies sociales. Le tout dans le contexte plus général d’un empire radchaaï en pleine guerre interne et la menace latente d’une espèce alien toute puissante. ...

16.05.2026

Notules (17) - Uketsu, Anaïs Lecoq

Je ne sais plus comment ce Strange pictures, du mystérieux auteur japonais Uketsu, a rejoint ma liste d’envies et ça me chiffonne. Le livre - best-seller au Japon - est présenté à la fois comme un roman d’horreur et un polar haletant. En plus du texte, il comprend des schémas et des dessins, qui sont autant d’indices censés nous mettre sur la voie de la résolution du mystère. L’horreur, pourtant, n’a pas grand-chose à voir avec cette histoire, qui est surtout une espèce d’enquête dont le point de départ est le blog brutalement interrompu d’un jeune papa. Et puis je n’ai tout simplement pas trouvé ça si intéressant. Je ne suis d’ailleurs pas certain que les dessins et schémas soient nécessaires à la bonne marche du récit, qui comprend par ailleurs de nombreuses répétitions. Au moins ça se lit vite et sans difficulté, comme un vague passe-temps. ...

09.05.2026

Les fantômes du lac - Manon Gauthier-Faure

Avec ce roman, nous prenons la direction d’un bled perdu de la Marne. Tous les commerces ont fichu le camp, ne reste qu’un EHPAD de bonne réputation. En plus d’être un modèle quant au traitement de ses patients, cet établissement a une particularité : il est hanté, en particulier par les fantômes de deux fillettes dramatiquement décédées à la fin des années 1970. Lorsque la journaliste indépendante Manon Gauthier-Faure entend parler de cette histoire, elle décide d’enquêter et de se rendre sur place, ce qui signifie rencontrer les habitants, recueillir leurs témoignages, voire rechercher des documents officiels. On pourrait penser à la démarche d’Adèle Yon dans Mon vrai nom est Elizabeth, mais détrompons-nous : ce sont deux livres très différents (notamment, on le constate vite, parce que les recherches menées par les autrices n’aboutissent pas du tout au même genre de résultat). ...

03.05.2026

Notules (16) - Maya Kandel, David Grann

L’air du temps étant ce qu’il est, ça m’a semblé une bonne idée de lire Une première histoire du trumpisme de l’historienne Maya Kandel, spécialiste des États-Unis et de leur politique étrangère (elle a également écrit Les États-Unis et le monde, en 2018). C’est un essai très utile pour faire le point, pour saisir un peu mieux les tenants des victoires de Donald Trump et de sa clique hétéroclite de supporters MAGA. On comprend notamment que Trump ne sort pas de nulle part et qu’il ne s’est pas levé un beau jour en 2015 avec l’envie de devenir Président des États-Unis. Maya Kandel établit aussi un panorama des différents groupes qui le soutiennent, qui varient dans le temps et qui se font parfois concurrence (fondamentalistes religieux, libertariens technofascistes, nationaux-conservateurs,…). C’est un livre assez court, synthétique et efficace, que je conseille à quiconque souhaite y voir un peu plus clair dans cet immense foutoir. ...

30.04.2026

Les villes de la plaine - Diane Meur

L’autrice française Claire Duvivier (qui a notamment écrit Un long voyage et les trois tomes du cycle Capitale du Nord) n’a pas tari d’éloges envers Les villes de la plaine lors d’une émission de la Salle 101 à laquelle elle était invitée. C’est à Diane Meur, autrice belge dont j’ai découvert l’existence pour l’occasion, que nous devons ce roman et après une telle recommandation j’avais hâte de mettre la main dessus. Ordjéneb est un montagnard, un étranger qui entre dans l’orgueilleuse Sir (ville fictive de l’antiquité lointaine qu’on imagine aisément quelque part en Mésopotamie) pour rembourser une dette. Complètement ignorant des traditions locales, il réussit à entrer au service d’Asral, un célèbre scribe chargé de retranscrire les lois de la ville. Edictées des siècles auparavant par Anouher, figure la plus sacrée et respectée de la cité, elles sont recopiées à l’identiques à intervalles régulières selon un rite immuable. Asral, pourtant, est un scribe un peu spécial. En discutant avec Ordjéneb, qui pose de nombreuses questions et parle un dialecte archaïque, il s’interroge sur la signification des termes qu’il retranscrit et sur leur interprétation. Ne serait-il pas temps de dépoussiérer ces lois et de réfléchir à leur sens premier ? ...

25.04.2026

Levure - Juliette Hayer

Pour gagner sa vie en attendant de décrocher une résidence d’écriture en cinéma, Charlotte débute un job alimentaire dans une boulangerie industrielle. Elle fait la connaissance de ses collègues, qui ont l’air sympathiques, de sa chef, qui se révèle rapidement avoir la gueulante facile, et de Romina, la sans-abri d’en face plutôt prompte aux prédictions délirantes. Les horaires sont difficiles, le travail épuisant et les clients parfois pénibles. Les efforts de Charlotte pour écrire un scénario patinent et, après quelques jours, elle commence à avoir d’étranges hallucinations (elle n’est d’ailleurs pas la seule). Levure, la première BD de l’autrice française Juliette Hayer, possède un potentiel de bizarrerie horrifique qui m’a tout de suite attiré. ...

19.04.2026