
Après Le créateur de poupées et La fracture, qui m’ont tous deux fait forte impression, j’avais envie de lire un autre roman de Nina Allan et j’ai cette fois jeté mon dévolu sur Conquest. Au risque de passer à côté de l’essentiel, résumons. Suite à la disparition de Frank, sa compagne fait appel à une détective privée, Robin, pour mener l’enquête. Cette dernière apprend que Frank est un jeune programmeur plutôt fragile mentalement, convaincu entre autres choses de l’existence d’une sorte de guerre occulte, mais par certains égards brillant et grand fan de Jean-Sébastien Bach - passion que partage Robin. Le début du roman est rédigé du point de vue de Frank peu avant sa disparition, de manière à nous faire ressentir comment son esprit fonctionne, avant de prendre le point de vue de Robin. En gros.
Nina Allan nous a habitués aux mises en abyme et aux brusques changements de narration : Conquest ne fait pas exception. Frank et les autres membres d’un obscur forum complotiste révèrent en effet, pour tout un tas de raisons liées à leurs croyances, un roman de science-fiction des années 1950 nommé La Tour. En plein milieu du récit, à nous donc l’histoire d’un riche magnat de l’immobilier lancé dans l’édification d’une tour à New York. La tour Conquest doit marquer un nouveau départ après la guerre meurtrière menée contre une planète lointaine, d’où sera extrait le matériau de construction : une pierre d’un noir étrange, dont l’usage va susciter beaucoup de discussions et d’opposition. Cette novella paranoïaque et doucement malaisante, qui se laisse par ailleurs très bien lire, vient éclairer d’une manière oblique l’enquête de Robin (tout est un peu oblique avec Nina Allan, de toute façon).

Cela étant dit, il manque encore un élément essentiel : la musique, qui joue dans ce roman comme un rôle de liant. Les protagonistes de Conquest sont particulièrement érudits en la matière et peuvent discourir longuement des différents enregistrements de tel ou tel concerto, avec une place toute particulière donnée aux compositions de Bach. Moi qui n’y connais à peu près rien, loin de me perdre, ça m’a surtout donné envie de m’y plonger à corps perdu (ce qui est plutôt un très bon signe). C’est un roman contagieux, un peu fou, qui ne se limite pas à une simple enquête pourtant bien menée et possède la bonne dose de bizarrerie qui m’avait déjà tant plu chez Nina Allan.
Titre original : Conquest / Sortie originale (anglais) : 2023 / Version française : 2023 (traduction : Bernard Sigaud)