
Eldorado, de l’auteur français Laurent Gaudé, est sorti il y a vingt ans cette année. C’est un roman qui explore la thématique des migrations, et ce de deux points de vue : celui d’un commandant de frégate italienne - Salvatore Piracci - patrouillant la Méditerranée et celui de deux frères soudanais - Soleiman et Jamal - s’apprêtant à tenter le périlleux voyage vers l’Europe. En me renseignant un peu, j’ai constaté que l’auteur s’était inspiré des événements de septembre 2005 à Ceuta, lorsque 500 personnes ont été accueillies par des balles réelles pendant leur tentative de traverser la frontière de l’enclave espagnole (pour un bilan, selon les sources, d’entre 5 et 13 morts et de nombreux blessés). À cela s’ajoute, faut-il le préciser, le contexte des milliers de cadavres repêchés en Méditerranée au cours des dernières décennies.
Avant toute chose, j’ai été immédiatement pris par l’écriture de Laurent Gaudé, capable de me transporter dans le port de Catane en quelques lignes. J’ai toutefois quelques interrogations. L’auteur est certes sérieux et n’aborde pas le sujet à la légère, la fascination pour le tragique n’empêchant pas de se documenter. Pourtant, le parcours de Salvatore Piracci - rongé par le doute et la culpabilité - m’a paru plus réussi, plus touchant et peut-être simplement plus travaillé que celui de Soleiman et Jamal. Ces derniers, par exemple, n’ont pas de nom de famille dans cette histoire. Je trouve que cet oubli (ce choix ?) illustre assez bien comment, malgré toutes les bonnes intentions de l’auteur, quelque chose me semble manquer concernant ce pan-ci du récit, à commencer sûrement par des personnages davantage élaborés et incarnés. Même si les printemps arabes et la guerre civile syrienne lui ont aussi donné un petit coup de vieux, le roman conserve toutefois une grande part de son actualité, en plus de se laisser lire sans difficulté.
Sortie : 2006