
La série de romans Les Voyageurs de Becky Chambers est aujourd’hui considérée comme un classique de la science-fiction optimiste et inclusive. Les trois premiers tomes (L’espace d’un an, Libration et Archives de l’Exode) m’ont frappé par leur intelligence, leur imagination et leur manière d’explorer les relations entre espèces radicalement étrangères. La galaxie vue du sol est le quatrième et dernier livre de la série, dont les épisodes peuvent par ailleurs se lire indépendemment les uns des autres. Cette histoire nous emmène sur la petite planète Gora, peu avenante mais située à un carrefour de routes spatiales et qui accueille donc essentiellement des voyageurs en transit. L’Auberge des Cinq-Sauts reçoit aujourd’hui plusieurs hôtes très différents : Pei (une aéluonne), Roveg (un quélin) et Haut-Parleuse (une akarak, espèce à la mauvaise réputation). Ouloo, une laru, fait son possible pour rendre son auberge confortable pour un maximum d’espèces différentes aux besoins variés et parfois contradictoires.
Alors que personne ne compte s’attarder plus que de raison, une catastrophe en orbite empêche tout nouveau décollage. Tout le monde se retrouve alors coincé sur place en situation de crise. Ouloo et son ado Tupo vont alors faire de leur mieux pour adoucir ce séjour prolongé. Toute l’intrigue se déroule ainsi dans l’auberge et explore les liens qui se créent par la force des choses, lorsqu’on est amené à se côtoyer dans des circonstances inhabituelles. Chaque visiteur vient avec son bagage personnel, ses problèmes, ses qualités et ses défauts, et c’est tout le talent de Becky Chambers de parvenir à faire s’entrechoquer tout ça avec douceur. On pourrait craindre une absence d’enjeux, mais il n’en est rien : certes tout le monde coopère et est de bonne volonté, mais cela ne va pas sans tensions. Prenons Haut-Parleuse : certes son espèce a mauvaise réputation, mais pourquoi ? Comment vit-elle la méfiance des autres ? Est-elle seulement justifiée ? Il est question de xénophobie, de comment l’histoire des peuples influe sur le présent, de rapport aux traditions et j’en passe. C’est une histoire très réussie dans laquelle l’autrice aborde toute une série de thèmes brûlants avec le talent auquel elle nous a habitué.
Titre original : The Galaxy and the Ground Within / Sortie originale (anglais) : 2021 / Version française : 2023 (traduction : Marie Surgers)