La lumière vacillante - couverture

Contre toute attente pour un roman qui se passe majoritairement en Géorgie, ce roman commence en plein cœur de Bruxelles. La narratrice, Keto, est une des invitées de marque d’une expo de photos au Palais des Beaux-Arts de la capitale belge et européenne. Elle y retrouve des amies de très longue date, Ira et Nene, avec qui elle formait autrefois un groupe d’amies très soudées à Tbilissi. Ce dernier comptait d’ailleurs une quatrième personne, l’explosive Dina, dont on comprend vite qu’elle n’est plus de ce monde. Pourtant, la star du jour, c’est bien elle : le public est venu en nombre pour admirer ses œuvres viscérales, prises de vue de la Géorgie du début des années 90, de la capitale en pleins troubles, mais aussi de la guerre civile en Abkhazie. Keto, au fil de l’exposition, de photo et photo, de souvenir en souvenir, va nous raconter leur histoire commune et les années terrifiantes qui les ont vues grandir ensemble.

Vue sur Tbilissi, par Alexey Komarov

La lumière vacillante, pavé dense de plus de 700 pages, sent le vécu. Nino Haratischwili, écrivaine allemande d’origine géorgienne (dont on devine certains points communs avec Keto), nous raconte patiemment le parcours de ce groupe d’amies, du point de vue de Keto, de l’enfance à l’âge adulte et sans lésiner sur les détails. J’ai vite eu l’impression de bien connaître les quatre amies aux caractères si différents, toutes pleines de vie à leur façon. J’ai vécu avec elles leurs premières expériences dans un contexte social et politique difficile (voire dangereux), au contact d’un patriarcat rude, de traditions bien ancrées et d’hommes livrés à eux-mêmes, souvent menés très jeunes vers la criminalité. À travers un tel récit et avec l’alternance entre les souvenirs et les retours au présent, difficile de ne pas considérer Keto, Ira et Nene comme des survivantes et Dina comme une martyre. En parallèle et toujours dans le regard de la protagoniste, on assiste à la grande Histoire, celle qui voit l’Union soviétique se désagréger et la Géorgie pays plonger dans le chaos. C’est un livre puissant, qui éclaire une région du monde que je connais mal et une période passionnante, sans jamais susciter de lassitude ou d’ennui.

Titre original : Das mangelnde Licht / Sortie originale (allemand) : 2022 / Version française : 2024 (traduction : Barbara Fontaine)

Image : Vue sur Tbilissi, par Alexey Komarov