Les derniers jours de l'apesanteur - couverture

Nous sommes en France en 1986 et Daniel est en Terminale, l’année du Bac. Il s’est récemment fait larguer par Cathy Mourier et son cœur est brisé, heureusement ses amis Marc et Justin, éternels losers sentimentaux, sont là. Lorsqu’on lui propose de donner des cours particuliers de math à une jeune adolescente, Béatrice Rigaux, Daniel, qui observe ses contemporains avec l’espèce de fausse naïveté, passivité et fatalisme typique des personnages de Fabrice Caro, accepte sans enthousiasme. On retrouve de toute façon dans Les derniers jours de l’apesanteur le style habituel de l’auteur. Bref, on n’est pas dépaysé. Comme j’ai assez peu d’affect pour les années 80 (étant né trop tard pour ça), je n’ai pas été très touché par les nombreuses références (notamment musicales) à l’époque, mais elles contribuent à l’atmosphère nostalgique d’un récit qui semble surtout s’adresser aux quinquagénaires qui ont vécu leurs jeunes années juste avant la chute du mur de Berlin.

Il y a par contre bien quelque chose de perturbant. Daniel, lors de ses visites dans la famille Rigaux, est agressé sexuellement de manière aussi régulière qu’absurde par la mère de Béatrice. On reste toujours du point de vue de Daniel, le fataliste et déboussolé Daniel, qui ne qualifie donc jamais les actes comme tels et se contente d’être très mal à l’aise, tout en ayant d’autres chats à fouetter (comme apparaître sous son meilleur jour à la prochaine soirée). J’ai du mal à imaginer que l’auteur écrive ça en 2025 sans percevoir ce que ça a de dérangeant (Daniel est soit mineur soit à peine majeur) et je veux croire que ça n’a pas écrit comme simple ressort comique. “Je suis trop pudique pour aborder frontalement des sujets qui me tiennent à cœur, alors je passe par l’humour.”, dit-il en interview. Le roman s’ouvre d’ailleurs avec le décès d’un ado dans un accident de voiture : ce n’est bien sûr pas l’événement lui-même qui prête à rire, mais plutôt l’observation de Daniel selon laquelle l’ensemble de l’école semble avoir eu le défunt au téléphone le jour de sa sortie funeste. J’ai ainsi beaucoup souri et même parfois lâché quelques rires, ce qui est à peu près tout ce que je demandais à ce livre, même s’il m’a laissé avec plus de questions que prévu.

Sortie : 2025