
Pour gagner sa vie en attendant de décrocher une résidence d’écriture en cinéma, Charlotte débute un job alimentaire dans une boulangerie industrielle. Elle fait la connaissance de ses collègues, qui ont l’air sympathiques, de sa chef, qui se révèle rapidement avoir la gueulante facile, et de Romina, la sans-abri d’en face plutôt prompte aux prédictions délirantes. Les horaires sont difficiles, le travail épuisant et les clients parfois pénibles. Les efforts de Charlotte pour écrire un scénario patinent et, après quelques jours, elle commence à avoir d’étranges hallucinations (elle n’est d’ailleurs pas la seule). Levure, la première BD de l’autrice française Juliette Hayer, possède un potentiel de bizarrerie horrifique qui m’a tout de suite attiré.

J’ai aussi été séduit par le style du dessin et le choix des couleurs, qui sont très réussis. L’autrice utilise le body horror (de façon suffisamment diluée pour m’avoir gardé à bord) pour distiller un propos social. Sans trop en révéler, derrière les fluides collants et gluants se cache un récit sur les environnements de travail délétères et sur l’épuisement (mental, physique) qu’ils engendrent, sans oublier la difficulté de mener de front des ambitions artistiques et la nécessité de gagner sa croûte. Je suis un peu frustré car j’aurais voulu en savoir davantage sur le devenir des personnages, ce qui est après tout plutôt bon signe. Même si la fin est un peu abrupte, c’est une BD qui se prête assez peu aux grandes explications et demande d’être digérée tranquillement.
Sortie : 2026
