Couverture de Mon travail n'est pas terminé

Je n’avais jamais entendu parler de Thomas Ligotti avant d’avoir vent de ce livre d’horreur corporate, édité en français pour la première fois en 2023 (plus de vingt ans après sa sortie aux États-Unis) et réédité en poche cette année. Outre Atlantique (comme on dit), cet auteur discret et septuagénaire est pourtant considéré comme un maître de l’horreur à tendance philosophique et weird, tout en étant davantage porté sur les nouvelles que sur les romans. Cet ouvrage, dans son format poche, contient ainsi le roman éponyme Mon travail n’est pas terminé et deux nouvelles (contre quatre dans la version brochée). Il nous transporte au début des années 2000, à une époque où les cubicles n’avaient pas encore été remplacés par les open spaces.

Le roman Mon travail n’est pas terminé est un étrange objet. Le protagoniste et narrateur, Franck Dominio, est un petit chef de service peureux et obsessionnel. Sans ambition, il se satisfait de son poste au sein de l’entreprise. Après avoir été poussé vers la sortie pour d’obscures raisons, il hérite soudain de pouvoirs surnaturels qui, couplés à son caractère obsessionnel et à son envie de vengeance, vont faire des ravages chez ses ex-collègues. On pourrait dire que d’une certaine manière, ici, c’est le monstre qui nous raconte l’histoire - non sans manier l’ironie - sauf que ce serait omettre que tout y est un peu monstrueux et noyé dans une sorte de noirceur visqueuse. Il m’a par ailleurs fallu un petit effort pour simplement accepter les capacités dont Franck fait preuve à travers ce récit (disons que ça surprend au début).

En ce qui concerne les deux nouvelles - Mon plan bien à moi pour ce monde et Le réseau du cauchemar, je dirai juste que la première fonctionne très bien comme complément au roman (on y retrouve une entreprise elle-même située dans une ville décrépie baignée dans un brouillard jaunâtre, ainsi que de nombreux assassinats) et que je n’ai presque rien compris à la deuxième (il y est question d’un monde virtuel, de travailleurs inconscients et encore d’autres choses bizarres, le tout rédigé sous forme de fragments de textes). Toujours est-il que je n’ai aucun regret d’avoir enfin mis la main sur ce machin, qui s’avère finalement plus fascinant qu’effrayant.

Titre original : My Work Is Not Yet Done: Three Tales of Corporate Horror / Sortie originale (anglais) : 2002 / Version française : 2023 (traduction : Fabien Courtal)