
J’aime bien Thomas Gunzig et j’ai commencé Rocky, dernier rivage distraitement, sans savoir à quoi m’attendre. Si j’ai vite reconnu son style acéré, je n’avais pas vraiment prévu de me manger une telle rafale de désespoir et de noirceur. L’auteur bruxellois y met en scène une famille de multimillionnaires propriétaires d’une île privée entièrement équipée pour tenir en autonomie dans le grand luxe pour des décennies. Lorsque les choses tournent mal du côté de la civilisation, le couple et ses deux enfants s’y réfugient avec deux domestiques (ces derniers étant les seuls personnages vraiment sympathiques de cette histoire : les autres inspirent soit la pitié, soit le mépris). Et les voilà donc là, seuls, pour une expérience post-apocalyptique tout confort. Bientôt, plus aucun contact de l’extérieur ne leur parvient. Comment va bien pouvoir se comporter une famille de riches gâtés laissée à elle-même ? La lecture - tendue - qui en résulte ne favorise pas un sommeil serein. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que Thomas Gunzig a en partie écrit ce roman pour exorciser la pandémie de covid et les inégalités criantes qu’elle a révélées.
Sortie : 2023

Dans ce deuxième tome de la trilogie Scholomance, El et ses camarades sont en terminale, ce qui signifie une dernière année éprouvante dans cette école dépourvue d’enseignants (mais bourrée de monstres affamés), dont chacun sait qu’elle se conclura par une “remise de diplômes” synonyme de retour dans le monde extérieur - à condition d’y survivre. Cette année, toutefois, tout ne semble pas se dérouler comme prévu, comme si l’école avait d’autres plans pour El. Au final, Promotion funeste m’a laissé partagé. J’aime toujours autant l’univers (la variété de monstres différents semble infinie) et la personnalité des protagonistes, mais le style d’écriture - tout en longs monologues intérieurs et avalanches d’informations - m’a quelque peu laissé de marbre, même si les quelques dizaines de dernières pages font exception. Malgré mes sentiments mitigés, je me vois difficilement ne pas me procurer le troisième et dernier tome, vu les enjeux laissés ouverts. Naomi Novik sait soigner le suspense.
Titre original : The Last Graduate / Sortie originale (anglais) : 2021 / Version française : 2024 (traduction : Benjamin Kuntzer)