
Eric Vuillard écrit des romans plutôt courts et ce Congo n’échappe pas à la règle : une petite centaine de pages. J’y ai retrouvé la même méthode que dans ses livres plus récents tels que L’ordre du jour et Une sortie honorable : un style féroce, plein d’ironie, qui se moque des puissants dépeints en personnages médiocres et veules. Ici, le récit tourne autour de la conférence de Berlin en 1884, durant laquelle les puissances européennes se sont partagé l’Afrique à coups de grands traits sur une carte. Et puis l’histoire avance et l’auteur s’intéresse à la colonisation et à l’exploitation du Congo par Léopold II et ses sbires. Il parle des massacres à grande échelle et insiste en particulier sur le rôle de l’administrateur colonial Léon Fievez et ses tristement célèbres mains coupées. C’est un petit livre très énervé et dégoûté sur les tréfonds de l’horreur humaine.
Sortie : 2012

Berthe, 102 ans, est arrêtée un matin pour avoir tiré dans le derrière de son voisin et sur la police venue constater les faits. Son interrogatoire avec l’inspecteur Ventura ne va pas manquer de surprises. Alors qu’on déterre les cadavres enfouis dans sa cave, Berthe raconte son histoire, parsemée d’hommes minables et violents. Ce Mamie Luger tient surtout à la personnalité extraordinaire de sa protagoniste, petite vieille au langage fleuri qui a su manier la pelle et les armes à feu tout au long de sa vie. Le but est de nous faire rire sur fond de roman noir, et ça fonctionne la plupart du temps. Ceci dit, et même s’il est parvenu à me toucher par moments, l’auteur Benoit Philippon utilise trop de clichés pour que j’aie pu y croire vraiment. Certaines critiques en ligne sur lesquelles je suis tombé dénoncent par ailleurs l’écriture d’une part très masculine des corps féminins (ainsi que des quelques viols qui y sont décrits), d’autre part très blanche des personnages racisés. Je peux difficilement leur donner tort, malgré la bonne volonté assez évidente, mais insuffisante, de l’auteur.
Sortie : 2018