
Keu, le frère du Roi Arthur, se réveille sous son arbre dans un futur proche. Comme ses compagnons de la Table Ronde, il émerge de la terre à chaque fois que l’Angleterre est en péril. Cela dure depuis plus de mille ans : il a ainsi vu le monde changer et participé à de nombreux conflits. Cette fois, point de guerre, mais un pays malade et ravagé par le changement climatique. L’ennemi n’est pas facile à identifier, mais il choisit de s’associer à Mariam, une jeune militante écoterroriste et féministe, après que celle-ci ait fait sauter sous ses yeux une plateforme de forage pétrolière (et, semble-t-il, accidentellement libéré un dragon dans la foulée). Peu de temps plus tard, Lancelot apparaît également, pris en charge par un sbire du gouvernement aux allures d’espion.
Le Britannique Thomas D. Lee, dont c’est le premier roman, a transposé la légende arthurienne avec ses chevaliers et sa magie dans un monde dystopique tout ce qu’il y a de plus concret. Surprenamment, le mélange fonctionne. Une fois accepté le concept de héros arthuriens surgissant de terre de temps en temps pour accomplir leur devoir, on se prend au jeu et on suit cette histoire moins manichéenne qu’elle n’y paraît. Certes, l’air est pollué, l’armée privatisée et les réfugiés se massent dans des camps de fortune, mais à qui s’en prendre ? Vers qui se tourner ? Faut-il faire revenir le Roi Arthur pour unifier les factions rebelles ? Et pourquoi ses anciens compagnons semblent-ils si peu enthousiastes à cette idée ?
Avec ses presque 600 pages au format poche, Royaume en péril n’est pas un petit roman, mais il se lit très agréablement tant le rythme est efficace et les péripéties amusantes. N’ayant aucune connaissance des légendes arthuriennes, je suis probablement passé à côté de nombreuses références, sans que cela gâche ma lecture. C’est aussi un récit qui a la bonne idée de ne pas se focaliser sur ses héros les plus évidents, mais d’en créer de nouveaux, ou plutôt de nouvelles. C’est en effet surtout Mariam et ses comparses qui mènent l’histoire, là où les chevaliers ont un peu de mal à s’y retrouver. Au fond, c’est comme un passage de relais entre un vieux monde un peu paumé et une nouvelle génération très énervée.
Titre original : Perilous Times / Sortie originale (anglais) : 2024 / Version française : 2025 (traduction : Thibaud Eliroff)