Club de lecture - Couleurs

Avec l’arrivée de l’automne, la lumière change et les arbres se parent d’orange. Pour le club de lecture du mois, le thème n’était autre que : les couleurs. Comme d’habitude, à nous d’interpréter cela librement. De mon côté, j’ai très vite fait une fixette : il s’agissait de choisir des titres avec une couleur dedans (et si possible pas deux fois la même, parce que c’est comme ça, je m’impose des règles). J’ai ainsi choisi trois livres : un récit de non-fiction, un recueil de nouvelles et un court roman. Rouge. Une évidence : La fin de l’homme rouge m’a profondément marqué et c’est peut-être bien mon livre préféré. Je le relirai sûrement un jour, malgré ses presque sept-cents pages, mais je dois d’abord terminer tous les autres livres de Svetlana Alexievitch. J’ai déjà parlé de celui-ci ici il y a quelques années et à vrai dire je n’ai pas grand-chose à ajouter. Alors plutôt que de palabrer pour ne rien dire, voici plutôt un extrait. C’est une dénommée Marina Tikhonovna Issaïtchik qui parle : “À quoi ça sert de penser à tout ça, maintenant ? C’est comme ramasser des clous après un incendie. Tout a brûlé. Toute notre vie… Tout ce qu’on avait a disparu… On a construit, construit… Sacha, lui, il était allé dans les terres vierges, il avait bâti le communisme là-bas. L’avenir radieux. Il disait qu’en hiver, ils couchaient sous la tente sans sac de couchage. Tout habillés. C’est là-bas qu’il a eu les mains gelées. Mais il était quand même fier ! “La longue route serpente… Salut à vous, terres vierges !” Il avait sa carte du Parti, une carte rouge avec Lénine, il y tenait beaucoup. Il a été député et stakhanoviste, comme moi. La vie a passé, elle a filé à toute allure. Il en reste plus rien… Aucune trace.” ...

11.10.2026

Club de lecture - Belgique

Ce 21 juillet, c’est la fête nationale belge et le club de lecture s’est tenu hier, à deux pas (si pas moins) et pile au moment où le Bal National commençait à battre son plein dans les Marolles, quartier populaire historique de Bruxelles. Le thème était donc tout trouvé : la Belgique, tout simplement. J’ai bien quelques livres dans ma bibliothèque qui traitent du sujet. Celui-ci nous emmène à Bruxelles de nos jours et pendant la Seconde Guerre mondiale. L’écrivaine et journaliste belge Myriam Leroy (dont c’est le troisième roman après Ariane et Les yeux rouges) y reconstitue la vie de Marina Chafroff, une femme belge d’origine russe décapitée par les nazis en 1942 pour avoir tenté d’en assassiner un. L’autrice nous fait revivre cette histoire en grande partie oubliée, de même qu’elle nous partage ses recherches et son obsession pour cette femme dont il n’est pas forcément simple d’établir les motivations. Le mystère de la femme sans tête nous fait ainsi découvrir un pan méconnu de la résistance en Belgique tout en nous baladant dans Bruxelles et ses environs. ...

21.07.2026

Notules (23) - Eric Vuillard, Benoit Philippon

Eric Vuillard écrit des romans plutôt courts et ce Congo n’échappe pas à la règle : une petite centaine de pages. J’y ai retrouvé la même méthode que dans ses livres plus récents tels que L’ordre du jour et Une sortie honorable : un style féroce, plein d’ironie, qui se moque des puissants dépeints en personnages médiocres et veules. Ici, le récit tourne autour de la conférence de Berlin en 1884, durant laquelle les puissances européennes se sont partagé l’Afrique à coups de grands traits sur une carte. Et puis l’histoire avance et l’auteur s’intéresse à la colonisation et à l’exploitation du Congo par Léopold II et ses sbires. Il parle des massacres à grande échelle et insiste en particulier sur le rôle de l’administrateur colonial Léon Fievez et ses tristement célèbres mains coupées. C’est un petit livre très énervé et dégoûté sur les tréfonds de l’horreur humaine. ...

18.07.2026

Eldorado - Laurent Gaudé

Eldorado, de l’auteur français Laurent Gaudé, est sorti il y a vingt ans cette année. C’est un roman qui explore la thématique des migrations, et ce de deux points de vue : celui d’un commandant de frégate italienne - Salvatore Piracci - patrouillant la Méditerranée et celui de deux frères soudanais - Soleiman et Jamal - s’apprêtant à tenter le périlleux voyage vers l’Europe. En me renseignant un peu, j’ai constaté que l’auteur s’était inspiré des événements de septembre 2005 à Ceuta, lorsque 500 personnes ont été accueillies par des balles réelles pendant leur tentative de traverser la frontière de l’enclave espagnole (pour un bilan, selon les sources, d’entre 5 et 13 morts et de nombreux blessés). À cela s’ajoute, faut-il le préciser, le contexte des milliers de cadavres repêchés en Méditerranée au cours des dernières décennies. ...

07.04.2026

Un livre par jour pendant cinq jours

Jour 1. Outrage et rébellion - Catherine Dufour (2009) - Dans cette histoire, Catherine Dufour nous raconte la naissance aussi jouissive que douloureuse d’un mouvement punk dans une Chine du XXIVème siècle. On n’y trouve pas une narratrice unique, mais toute une série de voix, avec leur vécu propre et leur sensibilité. A nous de faire sens au milieu de ce chaos. J’ai appris bien après l’avoir lu, et adoré (c’est encore aujourd’hui un de mes livres préférés), qu’il était grandement inspiré de Please Kill Me : l’histoire non censurée du punk racontée par ses acteurs, dont le titre dit à peu près tout. Jour 2 - La Fin de l’homme rouge - Svetlana Alexievitch (2013) - Il y a deux ans, j’ai pris ce pavé comme une claque dans la face. Svetlana Alexievitch y donne la parole aux témoins de la fin de l’Union soviétique : on y lit leur vécu, leurs pensées, leurs peurs, leur colère, leurs souvenirs, leurs espoirs. Des histoires parfois bien différentes les unes des autres et pourtant liées par un thème : comment fait-on pour gérer la fin brutale d’un monde dans lequel on a toujours vécu, un changement dont l’impact se ressent sur toutes les strates de la société ? Comment, au niveau individuel, se faire aux nouvelles règles du jeu ? Je ne suis vraiment pas prêt de l’oublier. ...

30.04.2020