Club de lecture - Apprendre

Ce mois-ci, le thème du club de lecture est à nouveau raccord avec le moment de l’année. C’est la rentrée des classes, alors on s’est intéressé à ce que c’est “apprendre”. Pour l’occasion, j’ai sélectionné dans ma bibliothèque deux romans et une BD. Un peu de fantasy pour commencer avec le premier tome de la trilogie Scholomance de Naomi Novik, Éducation meurtrière. L’apprentissage, ici, se fait au travers d’une école de magie isolée du monde et dépourvue de professeurs. C’est l’école elle-même qui se charge d’enseigner les matières aux élèves dont elle a la charge, selon ses propres règles obscures. Elle est aussi peuplée d’une multitude de monstres qui n’ont de cesse d’essayer de dévorer les étudiant·es, ce qui crée un contexte peu propice à la sérénité. Le terme “scholomance” provient par ailleurs du folklore roumain et désigne une école de magie noire dirigée par le Diable, en Transylvanie (où d’autre ?). ...

05.09.2026

La Grande Porte - Frederick Pohl

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas penché sur un vieux classique de la science-fiction. La Grande Porte en a tous les attributs : une civilisation alien disparue, des voyages interstellaires et trois prix majeurs du genre (Hugo, Locus et Nebula) glanés dans les années 70. La Porte en question est un astéroïde plein de tunnels artificiels et surtout de vaisseaux extraterrestres programmés à filer vers des destinations inconnues. Aujourd’hui, celles et ceux qui ont pu se payer le voyage jusque là ont la possibilité de devenir prospecteurs : à savoir embarquer à bord d’un des véhicules, sans garantie de retour, mais avec une chance de se faire un beau paquet de pognon en cas de découverte à la clé. Le récit se concentre sur le personnage de Bob Broadhead, qu’on suit selon deux temporalités : d’une part en consultation chez son psychanalyste-robot, d’autre part sous forme de flashbacks à partir de son arrivée sur la Porte, qu’il rejoint après avoir gagné une loterie. Mais qu’est-ce que ça donne, de lire ce roman de 1977 en 2026 ? ...

22.08.2026

Bilan à mi-année 2026

Je découvre le “Mid-Year Book Freak Out Tag”, terme barbare derrière lequel se cache la tradition de dresser une sorte de bilan livresque à mi-année en répondant à une série de questions. Vu que nous sommes déjà en août, je me limite volontairement aux livres lus jusque fin juin. 1. Meilleur livre lu jusque maintenant ? J’ai vraiment eu un coup de cœur pour L’histoire de Mother Naked, de Glen James Brown, et l’incroyable monologue de ce ménestrel taquin. Je me demande si un autre livre arrivera à lui ravir cette place d’ici la fin de l’année (je me le souhaite). 2. Meilleure suite ? Ça se joue entre Promotion funeste (second tome de la saga Scholomance de Naomi Novik) et La Miséricorde de l’ancillaire de Ann Leckie, et c’est clairement ce dernier qui l’emporte. J’ai beaucoup aimé cette conclusion aux Chroniques du Radch, splendide démonstration qu’il est carrément possible d’écrire de la science-fiction pertinente et exigeante de nos jours (c’est pas comme si j’avais spécialement besoin qu’on me le rappelle et les exemples ne manquent pas, mais ça fait toujours plaisir). ...

05.08.2026

Notules (18) - Thomas Gunzig, Naomi Novik

J’aime bien Thomas Gunzig et j’ai commencé Rocky, dernier rivage distraitement, sans savoir à quoi m’attendre. Si j’ai vite reconnu son style acéré, je n’avais pas vraiment prévu de me manger une telle rafale de désespoir et de noirceur. L’auteur bruxellois y met en scène une famille de multimillionnaires propriétaires d’une île privée entièrement équipée pour tenir en autonomie dans le grand luxe pour des décennies. Lorsque les choses tournent mal du côté de la civilisation, le couple et ses deux enfants s’y réfugient avec deux domestiques (ces derniers étant les seuls personnages vraiment sympathiques de cette histoire : les autres inspirent soit la pitié, soit le mépris). Et les voilà donc là, seuls, pour une expérience post-apocalyptique tout confort. Bientôt, plus aucun contact de l’extérieur ne leur parvient. Comment va bien pouvoir se comporter une famille de riches gâtés laissée à elle-même ? La lecture - tendue - qui en résulte ne favorise pas un sommeil serein. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que Thomas Gunzig a en partie écrit ce roman pour exorciser la pandémie de covid et les inégalités criantes qu’elle a révélées. ...

21.05.2026

La Miséricorde de l'ancillaire - Ann Leckie

C’est l’heure de clôturer Les Chroniques du Radch, cycle de space opera paru au milieu des années 2010 et signé de l’Américaine Ann Leckie. La Miséricorde de l’ancillaire commence quelques jours après la fin du tome précédent (L’épée de l’ancillaire) et la majeure partie de l’histoire tourne à nouveau autour de la station spatiale Athoek et de ses habitants. On y retrouve les personnages que nous connaissons (ainsi que leurs états d’âme) mais des petits nouveaux aux caractères bien marqués font leur apparition (l’un.e est gentiment sarcastique et l’autre complètement loufoque : un renouvellement bienvenu). En tout cas on reprend vite nos marques : il est toujours autant question de dynamiques de pouvoir, de thé, de coutumes strictes et de hiérarchies sociales. Le tout dans le contexte plus général d’un empire radchaaï en pleine guerre interne et la menace latente d’une espèce alien toute puissante. ...

16.05.2026

Éducation meurtrière - Naomi Novik

Cet hiver, j’ai eu envie de commencer la série Scholomance, dans laquelle il est question d’une école de magie. Dépourvue de profs et totalement isolée du monde extérieur, la Scholomance n’est pas un établissement paisible où l’on pratique l’éducation positive, mais plutôt un lieu extrêmement dangereux au taux de mortalité élevé, bourré de créatures atroces très excitées à l’idée de dévorer des ados débordants de mana. Dans Éducation meurtrière, le premier tome de la série, l’autrice américaine Naomi Novik met en scène Galadriel, El pour les intimes, étudiante en avant-dernière année. Peu appréciée, El est isolée dans un contexte cruel où il est déconseillé de se promener seule et où les alliances et les bons réseaux sont la clé de la survie. Ce que personne ne sait, c’est qu’elle dispose d’un pouvoir redoutable qu’elle se refuse d’utiliser. L’histoire commence alors qu’un étudiant nommé Orion lui sauve la vie pour la énième fois (à son plus grand agacement). Orion, qui, à force de sauver la peau de tout le monde, a gagné une popularité certaine parmi ses camarades qui se bousculent pour le côtoyer. Le rapprochement des deux personnages que tout oppose semble inévitable. ...

31.01.2026

L'épée de l'ancillaire - Ann Leckie

Second tome des Chroniques du Radch, L’épée de l’ancillaire est la suite quasi directe de La justice de l’ancillaire qui, deux ans après une lecture ardue mais étonnante, occupait toujours un coin de ma tête. On y retrouve les choix grammaticaux du premier tome (tout est genré au féminin), son empire immense aux coutumes martiales (le Radch) et l’existence des ancillaires, des humains dont l’esprit a été “supprimé” pour servir de marionnettes aux IA qui contrôlent les vaisseaux spatiaux. Quant au protagoniste, c’est toujours Breq, dernier ancillaire d’un vaisseau détruit, cette fois-ci bombardé capitaine de flotte et chargé d’assurer la sécurité d’un système où va se dérouler l’essentiel de l’action. Sur place, Breq et son équipage vont être confrontés à une situation sociale complexe et à la présence d’un autre vaisseau radchaaï dirigé par une capitaine quelque peu ambivalente. ...

26.10.2025

Mes petits préférés de 2023

Chaque fin d’année, j’aime revenir sur certains livres qui m’ont accompagné tout au long des douze derniers mois. Et comme d’habitude, leur année de parution n’a aucune importance. La séquence Aardtman, de Saul Pandelakis. Magistral. Il faudra bien que ce roman soit traduit, qu’il quitte l’univers francophone pour s’offrir à d’autres horizons linguistiques. En attendant, je suis content d’avoir eu la chance de découvrir ce livre, qui représente tout ce que j’aime dans la science-fiction et dans la littérature en général. Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado. Marquant. Par sa forme, bien sûr, car chaque court chapitre est rédigé “à la manière de” (d’un roman noir, d’un livre dont vous êtes le héros…), bondissant de style en style. Mais aussi, surtout peut-être, marquant sur le fond. C’est une autobiographie, et plus particulièrement le récit d’une relation abusive. L’autrice y raconte comment sa compagne de l’époque a progressivement fait de sa vie un enfer. C’est un livre à la fois subtil, riche et implacable. ...

26.12.2023

Le Grand Livre - Connie Willis

En matière de littératures de l’imaginaire, Connie Willis est une habituée des prix : onze prix Hugo, sept Nebula et douze Locus empochés entre le début des années 1980 et le début des années 2010, ce qui en fait probablement la personne la plus primée du genre. Le Grand Livre, à qui on s’intéresse aujourd’hui, a reçu les trois et est sorti en 1992. Ceci posé, voici l’idée générale : dans un futur proche, il est possible d’envoyer des gens dans le passé. Lorsqu’il s’agit d’étudier l’histoire, cette invention est bien sûr une formidable opportunité sur laquelle les universités telles qu’Oxford se sont jetées. L’autrice évacue tout de suite le problème des paradoxes temporels : c’est impossible, merci bonsoir (et tant mieux, on ne s’attardera pas sur cette question). Toutes les périodes ne sont toutefois pas aussi accueillantes, et s’il y en a une qui a été jusque là évitée comme la peste (vous allez voir, c’est une petite blague), c’est bien le Moyen Âge. Or Kivrin, jeune historienne enthousiaste, s’apprête à faire le grand voyage vers le XIVème siècle. Son mentor, un historien plus âgé, y est totalement opposé, mais la prépare à contrecœur, considérant que le responsable de ce projet est un incapable doublé d’un inconscient. On peut effectivement se demander s’il est vraiment raisonnable d’expédier qui que ce soit une trentaine d’années avant le déferlement de la peste noire. Toujours est-il que ce personnage nous décrit une époque qui, en tant que fidèle auditeur du podcast Passion Médiévistes, peut sembler exagérément sombre, triste, désespérée et pour tout dire un peu clichée. ...

30.10.2023

Bilan de mai

En ce mois de mai, synonyme de retour timide à une forme de vie sociale entre deux averses de grêle, j’ai enfin terminé la trilogie des Livres de la Terre fracturée (pour en dire beaucoup de bien ici). En prime, la lecture m’a emmené voyager loin dans l’espace, ainsi qu’au Japon. Difficile de dire lequel était le plus dépaysant des deux. Commençons par L’incivilité des fantômes, le premier roman de Rivers Solomon. Paru en français en 2019, on y embarque dans un vaste vaisseau spatial dans lequel vit une partie de l’humanité (ou ce qu’il en reste). La société qu’on y découvre est profondément raciste : les Noirs, réduits en esclavage, y travaillent aux tâches les plus difficiles et avilissantes tout en subissant la violence quotidienne des Blancs. Aster, très compétente en botanique et en médecine, cherche par ailleurs à y décrypter les écrits de sa mère défunte. Elle peut notamment compter sur son imprévisible amie Giselle, ainsi que sur un personnage à la fois critique et proche du pouvoir, Théo. Tant ses difficultés de communication (le mot autisme n’est jamais écrit, mais on le devine) que des traumatismes passés - et présents - pèsent sur Aster, mais ne l’empêchent pas d’oeuvrer à sa façon contre un pouvoir de plus en plus en oppresseur. Ce roman est peut-être plus intéressant pour le développement de ses personnages et leurs relations complexes que pour son intrigue, mais n’en reste pas moins très réussi. ...

04.06.2021