La galaxie vue du sol - Becky Chambers

La série de romans Les Voyageurs de Becky Chambers est aujourd’hui considérée comme un classique de la science-fiction optimiste et inclusive. Les trois premiers tomes (L’espace d’un an, Libration et Archives de l’Exode) m’ont frappé par leur intelligence, leur imagination et leur manière d’explorer les relations entre espèces radicalement étrangères. La galaxie vue du sol est le quatrième et dernier livre de la série, dont les épisodes peuvent par ailleurs se lire indépendemment les uns des autres. Cette histoire nous emmène sur la petite planète Gora, peu avenante mais située à un carrefour de routes spatiales et qui accueille donc essentiellement des voyageurs en transit. L’Auberge des Cinq-Sauts reçoit aujourd’hui plusieurs hôtes très différents : Pei (une aéluonne), Roveg (un quélin) et Haut-Parleuse (une akarak, espèce à la mauvaise réputation). Ouloo, une laru, fait son possible pour rendre son auberge confortable pour un maximum d’espèces différentes aux besoins variés et parfois contradictoires. ...

19.10.2026

Notules (27) - Martine Desjardins, Katia Lanero Zamora

Martine Desjardins est une journaliste et romancière québécoise. Si j’en crois Wikipédia, Méduse est son sixième roman. On y découvre, dès l’enfance, une jeune femme affublée d’yeux qui suscitent immanquablement l’horreur (dans le meilleur des cas) des gens qui ont la malchance de les voir. En cela, c’est une sorte d’adaptation moderne du mythe grec, notre protagoniste est d’ailleurs vite surnommée “Méduse”. Haïe par sa famille, elle est confiée à une institution pour jeunes filles rejetées par la société en raison de leurs difformités diverses. Même là, elle est isolée, contrainte de cacher ses yeux. L’endroit reçoit la visite régulière de “bienfaiteurs”, rien que des hommes, qui organisent des jeux bizarrement enfantins avec le concours des résidentes. Mais à mesure qu’elle grandit, Méduse découvre progressivement les pouvoirs de ses “Abominations”, ce qui va lui donner la possibilité d’agir plutôt que de subir. C’est un livre assez glauque et évocateur, bien rythmé car découpé en courtes parties de maximum 2 ou 3 pages, mais qui ne m’a pas particulièrement renversé malgré la richesse de la langue et de style de l’autrice. ...

03.10.2026

La huitième fille - Terry Pratchett

Voyant sa mort approcher, un mage se rend dans un village perdu des montagnes où le huitième fils d’un huitième fils s’apprête à naître : il va lui transmettre ses pouvoirs. La chose faite, on réalise que le fils est en fait une fille, ce qui pose problème car il est bien connu que les filles ne peuvent pas devenir mages. C’est comme ça. Alors qu’Eskarina grandit et fait montre de pouvoirs incontrôlés, elle est confiée à Mémé Ciredutemps, sorcière truculente qui va se charger de son éducation magique. Pourquoi ne pas en faire une sorcière, à défaut d’une mage ? Et pourtant, Esk a bien l’intention de devenir mage envers et contre toutes les traditions patriarcales. Même Mémé Ciredutemps (qui n’est pas n’importe qui) ne pourra pas l’empêcher, à huit ans, de se rendre à la grande ville d’Ankh-Morpork pour frapper à la porte de l’Université de l’Invisible. ...

09.08.2026

Bilan à mi-année 2026

Je découvre le “Mid-Year Book Freak Out Tag”, terme barbare derrière lequel se cache la tradition de dresser une sorte de bilan livresque à mi-année en répondant à une série de questions. Vu que nous sommes déjà en août, je me limite volontairement aux livres lus jusque fin juin. 1. Meilleur livre lu jusque maintenant ? J’ai vraiment eu un coup de cœur pour L’histoire de Mother Naked, de Glen James Brown, et l’incroyable monologue de ce ménestrel taquin. Je me demande si un autre livre arrivera à lui ravir cette place d’ici la fin de l’année (je me le souhaite). 2. Meilleure suite ? Ça se joue entre Promotion funeste (second tome de la saga Scholomance de Naomi Novik) et La Miséricorde de l’ancillaire de Ann Leckie, et c’est clairement ce dernier qui l’emporte. J’ai beaucoup aimé cette conclusion aux Chroniques du Radch, splendide démonstration qu’il est carrément possible d’écrire de la science-fiction pertinente et exigeante de nos jours (c’est pas comme si j’avais spécialement besoin qu’on me le rappelle et les exemples ne manquent pas, mais ça fait toujours plaisir). ...

05.08.2026

Club de lecture - Insomnie

Ce mois-ci, le thème du club de lecture était “insomnie”, un sujet que je connais bien étant donné qu’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu un sommeil contrarié. Un roman m’est vite apparu une comme une évidence, en cela qu’il m’a valu des débuts de nuits fiévreux plus occupés à me demander ce que j’étais en train de lire qu’à essayer de dormir : Vita Nostra, des Ukrainiens Marina et Sergueï Diatchenko. Lors de sa parution en français en 2019, il a suffisamment fait parler de lui pour attirer mon attention. Je me rappelle avoir été totalement déstabilisé par ce récit qu’on pourrait qualifier d’initiatique, celui d’une jeune femme forcée de rejoindre une école de magie au fonctionnement incompréhensible, souvent injuste, voire révoltant. Plus de cinq ans après, je m’en souviens comme d’une lecture marquante liée à des endormissements difficiles. ...

29.05.2026

Mes petits préférés de 2023

Chaque fin d’année, j’aime revenir sur certains livres qui m’ont accompagné tout au long des douze derniers mois. Et comme d’habitude, leur année de parution n’a aucune importance. La séquence Aardtman, de Saul Pandelakis. Magistral. Il faudra bien que ce roman soit traduit, qu’il quitte l’univers francophone pour s’offrir à d’autres horizons linguistiques. En attendant, je suis content d’avoir eu la chance de découvrir ce livre, qui représente tout ce que j’aime dans la science-fiction et dans la littérature en général. Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado. Marquant. Par sa forme, bien sûr, car chaque court chapitre est rédigé “à la manière de” (d’un roman noir, d’un livre dont vous êtes le héros…), bondissant de style en style. Mais aussi, surtout peut-être, marquant sur le fond. C’est une autobiographie, et plus particulièrement le récit d’une relation abusive. L’autrice y raconte comment sa compagne de l’époque a progressivement fait de sa vie un enfer. C’est un livre à la fois subtil, riche et implacable. ...

26.12.2023

Le guet des orfèvres - Terry Pratchett

On ne présente plus le Disque-monde, l’univers de fantasy satirique auquel Terry Pratchett a donné vie à travers une bonne quarantaine de bouquins. J’essaye de mon côté d’en lire un de temps en temps, parce qu’en général ça me fait du bien. Pas vraiment dans l’ordre, plutôt en fonction des thèmes et des personnages que j’ai envie de rencontrer (le cycle étant composé de quelques romans indépendants et surtout de sous-séries avec leurs personnages récurrents). Cette fois-ci, j’ai eu envie de retourner voir le guet de nuit de la cité d’Ankh-Morpork. Je me suis donc procuré Le guet des orfèvres, pour y retrouver la petite troupe dirigée par le capitaine Sam Vimaire. ...

19.08.2023

Lectures favorites de 2021

Chaque fin d’année, j’aime bien réaliser un petit bilan de mes lectures préférées des douze mois précédents (leur année de sortie n’ayant aucune espèce d’importance). Du coup, si je devais ne retenir que trois livres lus en 2021, ce serait probablement ceux-ci : Tout d’abord, Un long voyage, par Claire Duvivier : un roman de fantasy qui en dit énormément avec une économie de moyens qui surprend. Loin du cliché de la saga en dix-sept épisodes kilométriques, c’est un vrai bonheur de lecture dans un univers d’une grande originalité. Plusieurs mois plus tard, il me laisse encore avec des images plein la tête et l’envie d’y retourner. Pour rester dans cet esprit, j’ai donc hâte, très hâte, de me lancer dans la double trilogie de La tour de garde, dont les deux premiers tomes (Citoyens de demain, par Claire Duvivier et Le sang de la cité, par Guillaume Chamanadjian) sont sortis cette année avec un succès certain. ...

31.12.2021

L'Effondrement de l'empire - John Scalzi

Pour oublier le retour de l’hiver, des pandémies et du fascisme, rien ne me fait plus de bien qu’un bon space opera, un genre que j’ai d’ailleurs outrageusement snobé cette année. Heureusement, je n’ai eu qu’à piocher dans ma liseuse remplie de bouquins achetés compulsivement lors des confinements pour en sortir L’Effondrement de l’empire, de John Scalzi (un auteur déjà évoqué ici cet été, pour son roman parodique Redshirts). Ce livre, paru en 2017 en anglais, n’est que le premier tome de la trilogie de L’Interdépendance, dont l’entièreté est déjà sortie et traduite en français (par Mikael Cabon). Son titre fait peu de mystère quant à son contenu : alors qu’une nouvelle impératrice - pardon, emperox - monte sur le trône d’un empire millénaire, il s’avère rapidement qu’elle va surtout avoir à gérer sa désagrégation imminente. Jusqu’ici, rien de bien surprenant : un empire en perdition, ce n’est pas comme si c’était nouveau en science-fiction. Pourtant, malgré ce manque d’originalité manifeste, on s’amuse vraiment bien. ...

08.12.2021

Lectures de juillet-août

Au cours de ces deux derniers mois, j’ai lu quelques bouquins et je suis même retourné en bibliothèque, où je n’avais pas mis les pieds depuis trop longtemps. L’occasion de remarquer que les rayons, notamment en matière d’imaginaire, ont été bien renouvelés. En plus de quatre précédents billets déjà rédigés ici, voici un petit bilan de mes lectures de cet été brumeux. J’avais bien vu passer Les Tambours du dieu noir, sorti cette année en français, chez divers chroniqueurs et chroniqueuses de l’imaginaire, mais je n’avais pas vraiment idée de son contenu. On y trouve en réalité deux courts récits. Le premier, qui donne son nom au livre, se déroule à La Nouvelle-Orléans dans un XIXème siècle alternatif et un tantinet magique. L’enjeu n’y est autre que la survie de ce territoire libre et indépendant, régulièrement assailli de tempêtes démentielles, tandis que l’esclavage est toujours une réalité sur une partie de ce qui fut les Etats-Unis. Le second récit (L’étrange affaire du djinn du Caire), lui, se déroule au Caire au début du XXème siècle : là encore, uchronie et fantastique vont de pair, et nous quittons l’aventure pour un récit plus policier. Les qualités du livre sont réelles (qu’il s’agisse des points de vue proposés, du propos ou des univers déployés), mais je dois bien avouer avoir eu la tête ailleurs pendant la majorité de la lecture. Dommage pour moi. ...

02.09.2021