Eldorado - Laurent Gaudé

Eldorado, de l’auteur français Laurent Gaudé, est sorti il y a vingt ans cette année. C’est un roman qui explore la thématique des migrations, et ce de deux points de vue : celui d’un commandant de frégate italienne - Salvatore Piracci - patrouillant la Méditerranée et celui de deux frères soudanais - Soleiman et Jamal - s’apprêtant à tenter le périlleux voyage vers l’Europe. En me renseignant un peu, j’ai constaté que l’auteur s’était inspiré des événements de septembre 2005 à Ceuta, lorsque 500 personnes ont été accueillies par des balles réelles pendant leur tentative de traverser la frontière de l’enclave espagnole (pour un bilan, selon les sources, d’entre 5 et 13 morts et de nombreux blessés). À cela s’ajoute, faut-il le préciser, le contexte des milliers de cadavres repêchés en Méditerranée au cours des dernières décennies. ...

07.04.2026

La Porte des Enfers - Laurent Gaudé

Il y a longtemps que je lorgnais sur Laurent Gaudé, non pas en raison de ses prix littéraires, mais parce que c’est le frère d’Ivan, l’estimé cofondateur du magazine Canard PC. Lorsque la journaliste Julie Le Baron (nouvelle rédactrice en chef - bravo - du magazine en question) a dit le plus grand bien de La Porte des Enfers, je me suis dit que je commencerais par celui-là, intrigué que j’étais par son côté fantastique et surtout parce qu’il en fallait bien un. Cette histoire commence en 2002 à Naples par la vengeance de Pippo, mort - attention - en 1980 à six ans lors d’une fusillade. Il n’est pas vraiment nécessaire d’en révéler davantage, tout comme il est déconseillé de lire la quatrième de couverture (de l’édition poche Acte Sud en tout cas) qui vous révèlera les deux tiers du roman. L’histoire alterne donc entre 1980, où nous suivons les parents de Pippo en proie au deuil, et 2002, où un Pippo bien vivant en a gros sur la patate. Pourquoi ? Comment ? Plus que cette question bien légitime, il s’agit ici de ressentir la peine, la peur et le dégoût, mais aussi, dans un autre registre, les ruelles encombrées de Naples, l’odeur du café et l’inéluctabilité de la mort. A l’instar des personnages de ce livre, on y cherche des étincelles de vie dans un océan de crasse et de désespoir : l’enfer, ici, est à prendre au sens propre comme au sens figuré. Et comme souvent, on trouvera des lueurs dans les marges. Ce n’est pas un roman très rigolo, par contre il se lit rapidement. ...

05.03.2023