Harrow la Neuvième - Tamsyn Muir

Je me suis lancé dans Harrow la Neuvième environ deux ans et demi après Gideon la Neuvième, qui m’avait laissé un souvenir de lecture chelou mais fun. Plonger sans préparation dans ce second tome du cycle du Tombeau scellé était toutefois une erreur. Après une petite centaine de pages, s’est ainsi posée la question de l’abandon pur et simple. À la place, j’ai parcouru quelques discussions sur Reddit (je ne suis pas le seul à avoir envisagé de balancer le bouquin par la fenêtre) et lu un résumé complet du livre précédent pour me rafraîchir la mémoire. Si cela n’a pas suffi à éclairer ma lanterne sur le moment, ces recherches m’ont au moins convaincu de ne pas lâcher l’affaire immédiatement. ...

10.01.2026

Le temps des sorcières - Alix E. Harrow

New Salem, Etats-Unis, fin du XIXème siècle. La révolution industrielle bat son plein et la puissance des sorcières n’est plus qu’un souvenir brumeux. Dans ce contexte, trois soeurs séparées depuis sept ans se retrouvent par hasard. Bella est désormais bibliothécaire, Agnès ouvrière - et enceinte. Quant à Genièvre, la benjamine, fugitive et pleine de colère, elle vient de fuir leur père violent pour la dernière fois. Elle assiste à une manifestation des suffragettes - qu’elle compte bien rejoindre - lorsqu’un incident provoqué par Bella ravive l’espoir de rendre aux femmes leurs anciens pouvoirs. Avec ses nombreuses références aux contes traditionnels, Le temps des sorcières est un roman de fantasy qui se situe dans notre monde, lequel est juste un peu altéré par l’existence de la sorcellerie. Il fait aussi plus de 700 pages, ce qui est certes un peu long mais donne tout loisir à l’autrice américaine Alix E. Harrow de déployer son récit et ses personnages comme elle l’entend. Chaque soeur a ainsi droit à son propre arc narratif, qu’il s’agisse du chemin vers la maternité pour Agnès, de la rencontre foudroyante avec l’éblouissante Cléo pour Bella, ou des initiatives politico-révolutionnaires de Genièvre, toujours dangereuses mais guidées par une rage infinie. Quant au principal antagoniste de l’histoire, c’est une espèce de christo-fasciste avant l’heure, tout ce qu’il a de plus inquiétant, sans compter l’ombre du père violent qui plane sur les trois soeurs. ...

13.12.2025

Fun Home - Alison Bechdel

Alison Bechdel (celle du test) dresse dans Fun Home - une BD autobiographique - un portrait de son père, prof d’anglais et directeur de pompes funèbres brutalement décédé après une vie complexe et contrariée. Élevée dans une atmosphère rappelant la série Six Feet Under, elle a eu tout loisir d’observer son papa agir en tyran froid et obsessionnel, voué corps et âme à la décoration d’intérieur. L’autrice en tire un récit forcément très introspectif, dans lequel elle s’interroge sur ce décès soudain (s’agit-il d’un suicide, comme le suggéreraient certains indices ?) et raconte la découverte de son homosexualité (la sienne et, quasi simultanément, celle de son père) dans une narration marquée par une sorte de froideur ironique. ...

15.11.2025

Old Skies - Wadjet Eye Games

Spleen est un mot qui définit très bien Old Skies, un jeu vidéo sorti cette année. Développé par des vétérans du genre (Wadjet Eye Games a été fondé par le game designer Dave Gilbert il y a bientôt vingt ans), ce point’n’click nous fait jouer une agente temporelle, Fia Quinn, dont l’employeur, l’entreprise ChronoZen, permet à de riches clients et clientes d’effectuer des voyages dans le passé. Les raisons de faire appel à ses services ne manquent pas : revoir une dernière fois un être aimé, infléchir un moment crucial de sa vie ou que sais-je encore. Toutefois, pas question de faire n’importe quoi : certaines personnes ou événements sont intouchables, car jugés trop importants, trop influents, pour prendre le risque de les changer. Une entreprise comme ChronoZen est précisément là pour éviter que n’importe qui aille bouleverser du tout au tout le cours de l’Histoire. Cela signifie aussi que le quidam moyen peut bien disparaître si le destin en a décidé ainsi. C’est injuste, mais c’est le business. ...

08.11.2025

Les Hygialogues de Ty Petersen - Saul Pandelakis

Saul Pandelakis m’a mis une grande claque avec son premier roman La séquence Aardtman. J’ai donc accueilli l’arrivée du deuxième - Les Hygialogues de Ty Petersen - avec une certaine attente. L’ouvrage tel qu’édité par les Éditions Goater est en réalité composé d’un roman court (éponyme), d’une nouvelle (Suntown), d’un petit essai sur le concept de “guichet” dans la SF et d’une interview de l’auteur. Mais d’abord, un point Wikipédia, qui nous dit ceci à propos de l’hygiaphone : “L’Hygiaphone est un dispositif de séparation doté d’une surface transparente et d’un mécanisme permettant l’échange de biens entre personnes. […] Le système réside dans la mise en place d’une membrane vibrante amplifiant le son et apportant le confort de communication attendu par les agents tout en les protégeant contre la projection de microbes.” ...

16.05.2025

Notules (1) - Goliarda Sapienza, Ketty Steward

C’est le titre de Moi, Jean Gabin qui a d’abord attiré mon attention. Cette autobiographie raconte l’enfance mouvementée de Goliarda Sapienza vers la fin des années 1930 dans un quartier populaire de Catane, en Sicile. Elle y mène une vie bien remplie, moins par l’école que par ses rêves de liberté et de justice incarnés par Jean Gabin (acteur ou personnages, peu importe) dont chaque sortie de film est un événement quasiment sacré. A treize ou quatorze ans, elle aborde son quotidien avec une intensité qui rend la lecture très attendrissante. Pour autant, on devine une toile de fond marquée par la violence (avez-vous entendu parler du fascisme ?) et un environnement familial très politisé (avez-vous entendu parler de l’antifascisme ?). Même si j’ai sans doute manqué tout un tas de références aux films de l’époque (dont je ne sais à peu près rien), j’ai beaucoup aimé cette lecture. Il faut dire que l’écriture, à tout le moins sa traduction, est superbe. ...

10.04.2025

Gideon la Neuvième - Tamsyn Muir

A certains égards, Gideon la Neuvième pourrait être un jeu-vidéo plutôt cool. On y incarnerait une guerrière badass et/ou une nécromancienne dans un immense palais décrépit. Elles y résoudraient des énigmes et affronteraient d’étranges ennemis, le tout dans un univers de dark fantasy mâtiné de science-fiction. A un univers étrange et bien fichu, la Néo-zélandaise Tamsyn Muir s’est permis d’ajouter une bonne histoire, des personnages étonnants et, finalement, décidé d’en faire un roman (après tout, les amateurs de jeux ont déjà les Dark Souls). Gideon, pour commencer, en impose. Excellente guerrière au caractère de cochon, elle ne désire rien d’autre que de fuir sa planète natale, la lugubre Neuvième Maison (les Maisons correspondant grosso modo aux neuf planètes du système impérial). Elle voue une haine aussi tenace que réciproque à Harrowhark, jeune et puissante nécromancienne avec laquelle elle se retrouve obligée de coopérer. En effet, l’Empereur appelle à lui ses Maisons et les voilà donc en route vers la capitale. A la clé : l’immortalité, probablement. ...

06.08.2023

La Séquence Aardtman - Saul Pandelakis

Allons droit au but : Saul Pandelakis semble avoir parfaitement saisi l’esprit du temps, pour l’envoyer vers un XXIIème siècle dans lequel l’humanité s’éteint doucement, tandis que les bots conscients prennent leur essor après avoir obtenu leur émancipation. Je ne sais pas si La Séquence Aardtman fera date, mais je serais prêt à en prendre le pari. Ceci posé, continuons. L’humanité, qui semble avoir renoncé à s’adapter à la Terre et s’irrite de la vitalité des bots, envoie des vaisseaux habités vers l’espace lointain dans un hypothétique espoir de terraformation. Roz, homme transgenre, se trouve à bord d’un de ces bâtiments, l’ari-me. Peu sociable, il y travaille comme informaticien, en charge notamment de la maintenance de l’intelligence artificielle. Asha, elle, est une bot et se trouve sur Terre. Spécialiste de la notion de “corps bot”, elle a été assignée homme lors de son incarnation. Elle côtoie le milieu universitaire et le milieu militant, des humains et des bots, et se débat constamment avec ses propres contradictions. Suite à un événement survenu à bord de l’ari-me, elle va être amenée à discuter avec Roz. ...

21.05.2023

Une désolation nommée paix - Arkady Martine

En panne d’écriture depuis plusieurs mois, j’ai également frisé le crash niveau lecture cet été. Pour relancer la machine, j’ai joué le tout pour le tout en sélectionnant Une désolation nommée paix, la suite de la série de space opera Teixcalaan, dont j’avais beaucoup aimé le premier tome en début d’année. Ce roman fait donc suite à Un souvenir nommé empire et nous y retrouvons ses protagonistes, à commencer par l’attachant duo composé de Mahit Dzmare, ambassadrice d’une obscure station spatiale, et de Trois Posidonie, fonctionnaire impériale aussi douée qu’ambitieuse. Là où le premier tome se déroulait au cœur même de l’empire, cette suite nous expédie à ses confins et aborde un sujet que j’affectionne beaucoup : le premier contact. Teixcalaan est en effet attaquée par une espèce alien puissante et inconnue. L’action se déroule ainsi en grande partie (mais pas uniquement) au sein de la puissante flotte teixcalaanlie. A sa tête, Neuf Hibiscus, chargée de mener cette guerre, est bientôt rejointe par Mahit Dzmare et Trois Posidonie, dans des circonstances qu’on pourrait presque qualifier de rocambolesques (mais je n’en dirai pas plus). S’il est bien question d’une guerre, avec son lot de drames, l’intrigue se concentre surtout sur la communication, la linguistique, la diplomatie ou encore l’éthique, non sans négliger les étonnantes technologies et les impitoyables luttes de pouvoir déjà de mises dans Un souvenir nommé empire. Le cocktail fonctionne et les pages se tournent au rythme des allers-retours que l’autrice, Arkady Martine, nous fait faire entre la lointaine capitale et la flotte de guerre impériale. Pour faire bref, j’ai pris un grand plaisir à lire ce livre, peut-être encore davantage que celui qui le précède. ...

24.08.2022

Un souvenir nommé empire - Arkady Martine

Attention, prix Hugo. En 2020, l’autrice new-yorkaise Arkady Martine a remporté le prestigieux prix de science-fiction pour Un souvenir nommé empire, premier tome de la série Teixcalaan (succédant ainsi au Vers les étoiles de Mary Robinette Kowal). Ce beau bébé de 459 pages semble a priori aborder des sujets que les amateurs de space opera connaissent bien, à commencer par le mot “empire” écrit en très gros sur la couverture. Il s’agit du puissant empire Teixcalaan, auprès duquel la protagoniste Mahit Dzmare est nommée ambassadrice. Son prédécesseur donné pour mort, elle va devoir comprendre ce qui lui est arrivé, et pour cela de naviguer dans les arcanes d’un pouvoir très codifié, dont la vie culturelle et politique tourne autour… de la poésie. Amoureuse de cette civilisation depuis son enfance, tout semble pourtant fait pour lui rappeler qu’elle y est étrangère : elle bénéficie heureusement du soutien de son attachée culturelle Trois Posidonie (un personnage particulièrement réussi), avec laquelle elle noue rapidement un lien fort. ...

17.02.2022