Sur les ossements des morts - Olga Tokarczuk

Madame Doucheyko vit dans un petit hameau de quelques habitants en Pologne, près de la frontière tchèque. Retraitée mais loin d’être inactive, elle donne des cours d’anglais quelques heures par semaine, surveille les maisons de ses voisins absents pendant les rudes hivers polonais, se passionne pour l’astrologie et aide un ami à traduire de la poésie. Une nuit, elle découvre un de ses voisins mort, étranglé chez lui par un os de biche. Le défunt était un braconnier notoire. Quelques temps plus tard, un second décès survient : un chasseur, cette fois, visiblement assassiné. Troublée, Madame Doucheyko en vient à se demander si les animaux n’auraient pas crié vengeance. Olga Tokarczuk n’est pas prix Nobel de littérature pour rien et Sur les ossements des morts brille sur de nombreux points. Avec sa thématique autour de la chasse et son lien ambigu avec la nature environnante, il m’a rappelé Aliène, de Phoebe Hadjimarkos Clarke. Son ambiance est unique, à la fois paisible et doucement inquiétante, entre le fantastique brumeux et le polar bien concret. Sans isoler ses personnages du monde extérieur, l’autrice réussit à faire planer sur eux une menace sourde. Le récit avance de saison en saison au rythme de la protagoniste, parcourant la région tantôt à pieds tantôt au volant de son fidèle Suzuki Samurai. Madame Doucheyko, opiniâtre, est un personnage éminemment sympathique qui réussirait presque à me faire tolérer l’astrologie. Je suis bien content d’avoir enfin découvert ce roman d’Olga Tokarczuk. J’en lirai d’autres. ...

14.02.2026

Le cavalier suédois - Leo Perutz

Aux alentours de l’an 2000, j’ai beaucoup joué à Cossacks, un jeu ukrainien de stratégie en temps réel dans lequel s’affrontent des nations européennes des XVIIe et XVIIIe siècles. La bande-son du jeu est inscrite au plus profond de mes connexions neuronales et c’est même le premier “test” de jeu vidéo que j’ai écrit pour un site web amateur (c’était une autre époque). J’avais onze ans et une idée plus que vague du rôle joué par des pays tels que la Suède, la Russie ou les Saxons dans ces vastes boucheries. Le cavalier suédois, un roman de l’écrivain Leo Perutz (né à Prague en 1882), se déroule en plein dans ce contexte, à savoir “la grande guerre du Nord” et plus précisément le conflit qui oppose la Suède du roi Charles XII et la Russie de Pierre le Grand au début du XVIIIe siècle. Une sorte de roman d’aventures historique donc, mais pas seulement. L’auteur argentin Jorge Luis Borges, grand maître du fantastique et de l’étrange, avait une très bonne opinion de son collègue austro-hongrois, ce qui est plutôt bon signe et donne quelques indications. Je n’ai ainsi pas été surpris d’avoir affaire à un roman étrange se baladant dans les franges du fantastique. ...

28.09.2025