Notules (15) - Sabrina Calvo, Collectif

J’ai été très peu réceptif à Melmoth Furieux. Ce roman aurait pu me plaire, avec son présent alternatif dystopique, sa Commune de Belleville (qui parlera surtout aux Parisiens) barricadée contre un extérieur aussi ravagé que menaçant, la protagoniste Fi - couturière en colère - et les nombreux enfants qui l’accompagnent, sans parler de l’envie bien compréhensible d’aller cramer le parc EuroDisney transformé en épicentre du mal. Dystopie, mais également fantastique tant le rêve et la réalité s’y mélangent (au point de me rappeler Jeff Noon, également édité chez La Volte). Le style de Sabrina Calvo est très travaillé : c’est probablement très beau, ça m’a surtout tenu à distance. Le lyrisme, les symboles partout, les changements de sujet à tout bout de champ et les personnages nébuleux ont été autant de prises glissantes auxquelles je n’ai pu m’accrocher. J’ai scanné le dernier quart à toute vitesse sans plus comprendre grand-chose, en m’en fichant un peu et avec hâte que ça se termine. Tant pis. ...

27.03.2026

L'histoire de Mother Naked - Glen James Brown

Après son premier roman Ironopolis sur lequel je lorgne depuis quelques temps, le Britannique Glen James Brown a sorti son deuxième roman en 2024 : L’histoire de Mother Naked, dont le récit se déroule au XVe siècle dans le nord de l’Angleterre. On est tout de suite mis dans le bain grâce au narrateur, le ménestrel Mother Naked, qui s’adresse à une assemblée de nobles et de marchands réunis pour leur fête annuelle dans la petite ville de Durham. C’est qu’il a une histoire à leur raconter : celle du Spectre qui a terrorisé et causé la perte du village de Segerston, non loin de là, quelques décennies plus tôt. Mais pour en arriver là, il faut revenir un peu en arrière. Raconter le quotidien des serfs harassés par des récoltes épuisantes et parfois bien maigres, les conflits entre familles et les lois immuables (vraiment ?) qui les maintiennent dans leur condition. ...

20.03.2026

Notules (14) - Laura Vazquez, Megan Whalen Turner

Pas facile d’écrire un mot sur La semaine perpétuelle car je n’avais jamais rien lu de pareil, je manque de points de comparaison. C’est bien un roman, mais c’est aussi de poésie en prose. Au-delà des monologues intérieurs et des réflexions dont sortent parfois des fulgurances sublimes, il y a une histoire et des personnages : un père obsédé par la propreté, une mère disparue, une grand-mère aux portes de la mort, un frère et une sœur dont Internet et ses réseaux sont des sortes d’extensions naturelles. L’écriture de Laura Vazquez est une des plus étranges et exigeantes que j’ai jamais vues, et pourtant ce n’est jamais ni verbeux ni prétentieux. C’est même plutôt fluide et je n’ose imaginer le boulot qu’il a fallu pour obtenir ce résultat. Alors bon, je n’ai pas tout compris, mais c’est un livre très singulier et difficile à lâcher. ...

14.03.2026

La guerre des salamandres - Karel Čapek

Karel Čapek a sorti La guerre des salamandres en 1936, deux ans avant que son pays - la Tchécoslovaquie - commence à être dépecé par son voisin nazi suite aux accords de Munich. L’auteur décrit dans ce livre la découverte de salamandres bipèdes sur une petite île du Pacifique, découverte qui entraîne leur multiplication rapide. Avec le temps, elles deviennent capables de parler, puis de construire des digues, puis des aménagements de plus en plus ambitieux, et tout ça sans rechigner à la tâche. Inévitablement, leur force de travail finit par être exploitée pour répondre aux intérêts d’une humanité avide, fascinée, et pas du tout préoccupée par les conséquences potentielles de ce qu’elle est en train de faire. Qu’importe qu’on aille droit dans le mur, si on vit un nouvel âge d’or ? ...

09.03.2026

Notules (13) - Violaine Lison, Sofia Samatar

Violaine Lison m’a appris les rudiments du latin il y a un quart de siècle - environ - et enseigne aujourd’hui le français aux plus littéraires de mon école secondaire. Lequel de nous portera l’autre ?, elle l’a réalisé à partir des carnets de Léonce Delaunoy, jeune séminariste et brancardier dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale, où il a trouvé la mort. Après avoir retranscrit l’entièreté des carnets récupérés, l’autrice distille dans cet ouvrage des extraits choisis, dont elle tisse une histoire étonnante et pleine de sensibilité. J’ai notamment été frappé par la qualité des écrits de Léonce qui, à peine âgé de vingt ans, décrit merveilleusement bien la nature flamande et ses sentiments sans rien cacher rien de l’horreur de la guerre et des tranchées. En y ajoutant sa propre plume, ses réflexions et questionnements, Violaine Lison donne à ces carnets une nouvelle vie de la meilleure des façons. ...

28.02.2026

Sur les ossements des morts - Olga Tokarczuk

Madame Doucheyko vit dans un petit hameau de quelques habitants en Pologne, près de la frontière tchèque. Retraitée mais loin d’être inactive, elle donne des cours d’anglais quelques heures par semaine, surveille les maisons de ses voisins absents pendant les rudes hivers polonais, se passionne pour l’astrologie et aide un ami à traduire de la poésie. Une nuit, elle découvre un de ses voisins mort, étranglé chez lui par un os de biche. Le défunt était un braconnier notoire. Quelques temps plus tard, un second décès survient : un chasseur, cette fois, visiblement assassiné. Troublée, Madame Doucheyko en vient à se demander si les animaux n’auraient pas crié vengeance. Olga Tokarczuk n’est pas prix Nobel de littérature pour rien et Sur les ossements des morts brille sur de nombreux points. Avec sa thématique autour de la chasse et son lien ambigu avec la nature environnante, il m’a rappelé Aliène, de Phoebe Hadjimarkos Clarke. Son ambiance est unique, à la fois paisible et doucement inquiétante, entre le fantastique brumeux et le polar bien concret. Sans isoler ses personnages du monde extérieur, l’autrice réussit à faire planer sur eux une menace sourde. Le récit avance de saison en saison au rythme de la protagoniste, parcourant la région tantôt à pieds tantôt au volant de son fidèle Suzuki Samurai. Madame Doucheyko, opiniâtre, est un personnage éminemment sympathique qui réussirait presque à me faire tolérer l’astrologie. Je suis bien content d’avoir enfin découvert ce roman d’Olga Tokarczuk. J’en lirai d’autres. ...

14.02.2026

Greta & Valdin - Rebecca K. Reilly

Ce roman de l’autrice néo-zélandaise et maorie Rebecca K. Reilly alterne les points de vue de Greta Vladisavljevic et de son frère Valdin, jeunes néo-zélandais aux identités multiples (russes, maories et LGBT+ pour n’en citer que trois), colocataires et très attachés l’un à l’autre. De courts chapitres en courts chapitres (c’est très rythmé) narrés par l’un ou l’autre, on suit leurs questionnements, leurs parcours (notamment amoureux) et leurs relations familiales. A travers leurs vies, l’autrice s’intéresse en particulier au traitement des minorités et aux discriminations qu’elles subissent, dans un cadre socio-culturel nettement délimité (Greta est étudiante en littérature, Valdin travaille dans l’audiovisuel après un doctorat en astrophysique). Greta & Valdin est un roman plutôt léger et carrément feel-good. Les protagonistes peuvent compter sur une famille compliquée mais aimante et chaleureuse, même quand ils enchaînent les déboires amoureux ou les plans foireux. Valdin semble particulièrement se faire rouler dessus par la vie, mais Greta n’est pas en reste et j’ai personnellement un faible pour ses chapitres qu’elle narre sur un ton détaché et sarcastique. A travers cette famille, on assiste à de multiples dialogues intergénérationnels (souvent croustillants) et interculturels. Il m’est bien venu à l’esprit que tout semblait se passer un peu trop bien dans cette histoire, mais au fond pourquoi pas. Voyons ça comme un mode d’emploi, ou plutôt un souhait, davantage que comme un état des lieux clinique. C’est un roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir. ...

17.01.2026

Harrow la Neuvième - Tamsyn Muir

Je me suis lancé dans Harrow la Neuvième environ deux ans et demi après Gideon la Neuvième, qui m’avait laissé un souvenir de lecture chelou mais fun. Plonger sans préparation dans ce second tome du cycle du Tombeau scellé était toutefois une erreur. Après une petite centaine de pages, s’est ainsi posée la question de l’abandon pur et simple. À la place, j’ai parcouru quelques discussions sur Reddit (je ne suis pas le seul à avoir envisagé de balancer le bouquin par la fenêtre) et lu un résumé complet du livre précédent pour me rafraîchir la mémoire. Si cela n’a pas suffi à éclairer ma lanterne sur le moment, ces recherches m’ont au moins convaincu de ne pas lâcher l’affaire immédiatement. ...

10.01.2026

Top lectures de 2025

C’est l’heure du bilan d’une année encore une fois pleine de lectures en tous genres. Alors, comme d’habitude, allons-y pour les livres qui m’ont le plus marqué cette année, sans classement, qu’ils soient récents ou anciens. On commence avec cinq romans, parce qu’il faut bien choisir : Les champs de la Lune, de Catherine Dufour : une merveille de science-fiction tantôt onirique tantôt énervée. Le Livre des comptes, de Martin Mongin : une folie furieuse fantasmagorique avec des poules. Proletkult, de Wu Ming : un tableau surprenant de l’Union soviétique des années 1920, entre utopie et désillusions. Aliène, de Phoebe Hadjimarkos Clarke : ou le malaise d’être isolée à la campagne avec une chienne clônée, des chasseurs remuants et un sociologue. Conquest, de Nina Allan : une enquête à travers des théories du complot bizarres et beaucoup de musique classique. On continue avec deux essais : ...

30.12.2025

Notules (11) - Capucine Delattre, Eric Ambler

Dans Vingt minutes sous la terre, Capucine Delattre nous parle du métro sous toutes ses facettes : techniques (un peu) et politiques (beaucoup). Amplement sourcé et documenté, cet essai veut nous montrer ce que le métro en tant que lieu, véhicule, outil, etc, fait à nos vies urbaines, pour le meilleur et, parce qu’il le faut bien, pour le pire. L’autrice revient sur l’histoire courte mais déjà mouvementée de ce grand machin et sur les différentes formes qu’il prend à travers le monde (Paris, Téhéran, New York, Berlin, Londres, Buenos Aires, Madrid, Bruxelles et j’en passe), pour nous permettre d’apercevoir ce qu’il a été, ce qu’il est aujourd’hui, mais aussi ce qu’il pourrait être si les pouvoirs publics y accordaient toute l’attention que ses usagers et usagères méritent. Loin d’être un essai froid, c’est un livre rédigé avec un ton très personnel et beaucoup d’humour, ce qui le rend très agréable à lire. ...

26.12.2025