Club de lecture - Insomnie

Ce mois-ci, le thème du club de lecture était “insomnie”, un sujet que je connais bien étant donné qu’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu un sommeil contrarié. Un roman m’est vite apparu une comme une évidence, en cela qu’il m’a valu des débuts de nuits fiévreux plus occupés à me demander ce que j’étais en train de lire qu’à essayer de dormir : Vita Nostra, des Ukrainiens Marina et Sergueï Diatchenko. Lors de sa parution en français en 2019, il a suffisamment fait parler de lui pour attirer mon attention. Je me rappelle avoir été totalement déstabilisé par ce récit qu’on pourrait qualifier d’initiatique, celui d’une jeune femme forcée de rejoindre une école de magie au fonctionnement incompréhensible, souvent injuste, voire révoltant. Plus de cinq ans après, je m’en souviens comme d’une lecture marquante liée à des endormissements difficiles. ...

29.05.2026

Notules (18) - Thomas Gunzig, Naomi Novik

J’aime bien Thomas Gunzig et j’ai commencé Rocky, dernier rivage distraitement, sans savoir à quoi m’attendre. Si j’ai vite reconnu son style acéré, je n’avais pas vraiment prévu de me manger une telle rafale de désespoir et de noirceur. L’auteur bruxellois y met en scène une famille de multimillionnaires propriétaires d’une île privée entièrement équipée pour tenir en autonomie dans le grand luxe pour des décennies. Lorsque les choses tournent mal du côté de la civilisation, le couple et ses deux enfants s’y réfugient avec deux domestiques (ces derniers étant les seuls personnages vraiment sympathiques de cette histoire : les autres inspirent soit la pitié, soit le mépris). Et les voilà donc là, seuls, pour une expérience post-apocalyptique tout confort. Bientôt, plus aucun contact de l’extérieur ne leur parvient. Comment va bien pouvoir se comporter une famille de riches gâtés laissée à elle-même ? La lecture - tendue - qui en résulte ne favorise pas un sommeil serein. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que Thomas Gunzig a en partie écrit ce roman pour exorciser la pandémie de covid et les inégalités criantes qu’elle a révélées. ...

21.05.2026

La Miséricorde de l'ancillaire - Ann Leckie

C’est l’heure de clôturer Les Chroniques du Radch, cycle de space opera paru au milieu des années 2010 et signé de l’Américaine Ann Leckie. La Miséricorde de l’ancillaire commence quelques jours après la fin du tome précédent (L’épée de l’ancillaire) et la majeure partie de l’histoire tourne à nouveau autour de la station spatiale Athoek et de ses habitants. On y retrouve les personnages que nous connaissons (ainsi que leurs états d’âme) mais des petits nouveaux aux caractères bien marqués font leur apparition (l’un.e est gentiment sarcastique et l’autre complètement loufoque : un renouvellement bienvenu). En tout cas on reprend vite nos marques : il est toujours autant question de dynamiques de pouvoir, de thé, de coutumes strictes et de hiérarchies sociales. Le tout dans le contexte plus général d’un empire radchaaï en pleine guerre interne et la menace latente d’une espèce alien toute puissante. ...

16.05.2026

Notules (17) - Uketsu, Anaïs Lecoq

Je ne sais plus comment ce Strange pictures, du mystérieux auteur japonais Uketsu, a rejoint ma liste d’envies et ça me chiffonne. Le livre - best-seller au Japon - est présenté à la fois comme un roman d’horreur et un polar haletant. En plus du texte, il comprend des schémas et des dessins, qui sont autant d’indices censés nous mettre sur la voie de la résolution du mystère. L’horreur, pourtant, n’a pas grand-chose à voir avec cette histoire, qui est surtout une espèce d’enquête dont le point de départ est le blog brutalement interrompu d’un jeune papa. Et puis je n’ai tout simplement pas trouvé ça si intéressant. Je ne suis d’ailleurs pas certain que les dessins et schémas soient nécessaires à la bonne marche du récit, qui comprend par ailleurs de nombreuses répétitions. Au moins ça se lit vite et sans difficulté, comme un vague passe-temps. ...

09.05.2026

Les fantômes du lac - Manon Gauthier-Faure

Avec ce roman, nous prenons la direction d’un bled perdu de la Marne. Tous les commerces ont fichu le camp, ne reste qu’un EHPAD de bonne réputation. En plus d’être un modèle quant au traitement de ses patients, cet établissement a une particularité : il est hanté, en particulier par les fantômes de deux fillettes dramatiquement décédées à la fin des années 1970. Lorsque la journaliste indépendante Manon Gauthier-Faure entend parler de cette histoire, elle décide d’enquêter et de se rendre sur place, ce qui signifie rencontrer les habitants, recueillir leurs témoignages, voire rechercher des documents officiels. On pourrait penser à la démarche d’Adèle Yon dans Mon vrai nom est Elizabeth, mais détrompons-nous : ce sont deux livres très différents (notamment, on le constate vite, parce que les recherches menées par les autrices n’aboutissent pas du tout au même genre de résultat). ...

03.05.2026

Les villes de la plaine - Diane Meur

L’autrice française Claire Duvivier (qui a notamment écrit Un long voyage et les trois tomes du cycle Capitale du Nord) n’a pas tari d’éloges envers Les villes de la plaine lors d’une émission de la Salle 101 à laquelle elle était invitée. C’est à Diane Meur, autrice belge dont j’ai découvert l’existence pour l’occasion, que nous devons ce roman et après une telle recommandation j’avais hâte de mettre la main dessus. Ordjéneb est un montagnard, un étranger qui entre dans l’orgueilleuse Sir (ville fictive de l’antiquité lointaine qu’on imagine aisément quelque part en Mésopotamie) pour rembourser une dette. Complètement ignorant des traditions locales, il réussit à entrer au service d’Asral, un célèbre scribe chargé de retranscrire les lois de la ville. Edictées des siècles auparavant par Anouher, figure la plus sacrée et respectée de la cité, elles sont recopiées à l’identiques à intervalles régulières selon un rite immuable. Asral, pourtant, est un scribe un peu spécial. En discutant avec Ordjéneb, qui pose de nombreuses questions et parle un dialecte archaïque, il s’interroge sur la signification des termes qu’il retranscrit et sur leur interprétation. Ne serait-il pas temps de dépoussiérer ces lois et de réfléchir à leur sens premier ? ...

25.04.2026

Levure - Juliette Hayer

Pour gagner sa vie en attendant de décrocher une résidence d’écriture en cinéma, Charlotte débute un job alimentaire dans une boulangerie industrielle. Elle fait la connaissance de ses collègues, qui ont l’air sympathiques, de sa chef, qui se révèle rapidement avoir la gueulante facile, et de Romina, la sans-abri d’en face plutôt prompte aux prédictions délirantes. Les horaires sont difficiles, le travail épuisant et les clients parfois pénibles. Les efforts de Charlotte pour écrire un scénario patinent et, après quelques jours, elle commence à avoir d’étranges hallucinations (elle n’est d’ailleurs pas la seule). Levure, la première BD de l’autrice française Juliette Hayer, possède un potentiel de bizarrerie horrifique qui m’a tout de suite attiré. ...

19.04.2026

Mon travail n'est pas terminé - Thomas Ligotti

Je n’avais jamais entendu parler de Thomas Ligotti avant d’avoir vent de ce livre d’horreur corporate, édité en français pour la première fois en 2023 (plus de vingt ans après sa sortie aux États-Unis) et réédité en poche cette année. Outre Atlantique (comme on dit), cet auteur discret et septuagénaire est pourtant considéré comme un maître de l’horreur à tendance philosophique et weird, tout en étant davantage porté sur les nouvelles que sur les romans. Cet ouvrage, dans son format poche, contient ainsi le roman éponyme Mon travail n’est pas terminé et deux nouvelles (contre quatre dans la version brochée). Il nous transporte au début des années 2000, à une époque où les cubicles n’avaient pas encore été remplacés par les open spaces. ...

10.04.2026

Seyvoz - Maylis de Kerangal & Joy Sorman

Avant de tomber sur Seyvoz un peu par hasard dans une bouquinerie, je ne connaissais pas Joy Sorman, par contre j’avais déjà beaucoup aimé Naissance d’un pont, un roman de Maylis de Kerangal dans lequel celle-ci raconte la construction d’un grand pont en Californie (sans se priver d’aller dans les détails techniques). Difficile de dire d’où proviennent les idées s’agissant d’un livre écrit à quatre mains, mais le fait est qu’il est également ici question d’un ouvrage nécessitant l’apport d’ingénieurs qualifiés et de très nombreux ouvriers venant d’un peu partout. Après le pont, place au barrage. Seyvoz est avant tout un village fictif, englouti suite à la construction d’un grand barrage dans les années 50 (qui dans la réalité semble correspondre au barrage de Tignes qui a mené à l’évacuation de la bourgade du même nom). Alors qu’un ingénieur est envoyé sur place de nos jours pour inspecter les installations, il est confronté à une atmosphère étrange, éthérée et quelque peu surnaturelle. Il plane sur la région une absence quasiment hostile qui le laisse désemparé. Par moments, le récit nous emmène assister à des bribes du passé : les ultimes instants du village, la résistance de ses habitants, des drames survenus pendant les travaux colossaux. En somme, pas mal de choses en une grosse centaine de pages. C’est un petit livre qui fonctionne bien, même s’il conserve ses mystères et que je reste quelque peu dans le flou après l’avoir refermé. ...

30.03.2026

Notules (15) - Sabrina Calvo, Collectif

J’ai été très peu réceptif à Melmoth Furieux. Ce roman aurait pu me plaire, avec son présent alternatif dystopique, sa Commune de Belleville (qui parlera surtout aux Parisiens) barricadée contre un extérieur aussi ravagé que menaçant, la protagoniste Fi - couturière en colère - et les nombreux enfants qui l’accompagnent, sans parler de l’envie bien compréhensible d’aller cramer le parc EuroDisney transformé en épicentre du mal. Dystopie, mais également fantastique tant le rêve et la réalité s’y mélangent (au point de me rappeler Jeff Noon, également édité chez La Volte). Le style de Sabrina Calvo est très travaillé : c’est probablement très beau, ça m’a surtout tenu à distance. Le lyrisme, les symboles partout, les changements de sujet à tout bout de champ et les personnages nébuleux ont été autant de prises glissantes auxquelles je n’ai pu m’accrocher. J’ai scanné le dernier quart à toute vitesse sans plus comprendre grand-chose, en m’en fichant un peu et avec hâte que ça se termine. Tant pis. ...

27.03.2026