Éducation meurtrière - Naomi Novik

Cet hiver, j’ai eu envie de commencer la série Scholomance, dans laquelle il est question d’une école de magie. Dépourvue de profs et totalement isolée du monde extérieur, la Scholomance n’est pas un établissement paisible où l’on pratique l’éducation positive, mais plutôt un lieu extrêmement dangereux au taux de mortalité élevé, bourré de créatures atroces très excitées à l’idée de dévorer des ados débordants de mana. Dans Éducation meurtrière, le premier tome de la série, l’autrice américaine Naomi Novik met en scène Galadriel, El pour les intimes, étudiante en avant-dernière année. Peu appréciée, El est isolée dans un contexte cruel où il est déconseillé de se promener seule et où les alliances et les bons réseaux sont la clé de la survie. Ce que personne ne sait, c’est qu’elle dispose d’un pouvoir redoutable qu’elle se refuse d’utiliser. L’histoire commence alors qu’un étudiant nommé Orion lui sauve la vie pour la énième fois (à son plus grand agacement). Orion, qui, à force de sauver la peau de tout le monde, a gagné une popularité certaine parmi ses camarades qui se bousculent pour le côtoyer. Le rapprochement des deux personnages que tout oppose semble inévitable. ...

31.01.2026

Un regard sur 2016

Apparemment en ce moment la trend c’est de revenir sur 2016. Alors plutôt que de parler de moi, ça m’a plutôt donné envie de me remémorer mes lectures de l’époque (ce qui revient globalement à parler de moi, mais différemment). En science-fiction, c’est surtout l’année qui m’a vu découvrir le cycle de la Culture de Iain M. Banks et durant laquelle je me suis enfilé L’Homme des jeux, L’usage des armes et Une forme de guerre, signe clair que j’étais enthousiasmé par ma découverte de cet univers. Cette année-là j’ai aussi été marqué par Un cantique pour Leibowitz, un roman post-apo de Walter M. Miller sorti en 1960 dans lequel des moines tentent de sauvegarder ce qui reste de la connaissance humaine. Vivant à plein ma passion du moment pour l’exploration spatiale, j’ai lu le pavé Mars la Rouge, premier tome de La trilogie martienne de Kim Stanley Robinson - parue dans les années 1990 - qui nous fait suivre l’installation d’une colonie humaine sur Mars et la terraformation progressive de cette dernière, dans une optique plutôt “hard SF” et une grande attention donnée aux dynamiques sociales. Anecdote amusante : le début de la trilogie prend justement place en 2026. En plus léger, j’ai un souvenir pétillant de Au service surnaturel de sa majesté, de Daniel O’Malley, un roman d’urban fantasy dans une agence gouvernementale britannique secrète spécialisée dans le surnaturel. ...

21.01.2026

Harrow la Neuvième - Tamsyn Muir

Je me suis lancé dans Harrow la Neuvième environ deux ans et demi après Gideon la Neuvième, qui m’avait laissé un souvenir de lecture chelou mais fun. Plonger sans préparation dans ce second tome du cycle du Tombeau scellé était toutefois une erreur. Après une petite centaine de pages, s’est ainsi posée la question de l’abandon pur et simple. À la place, j’ai parcouru quelques discussions sur Reddit (je ne suis pas le seul à avoir envisagé de balancer le bouquin par la fenêtre) et lu un résumé complet du livre précédent pour me rafraîchir la mémoire. Si cela n’a pas suffi à éclairer ma lanterne sur le moment, ces recherches m’ont au moins convaincu de ne pas lâcher l’affaire immédiatement. ...

10.01.2026

En sortir 26 en 2026

Une fois n’est pas coutume, je reprends un challenge, celui de Maghily. Il s’agit de piocher vingt-six livres dans ma pile à lire et de m’engager à d’envisager de les lire cette année. C’est surtout l’occasion de faire le point, car à force de me balader en bouquineries et d’aller - prudemment - en librairie, je commence à accumuler des livres non lus qui n’attendent pourtant que moi. Puisqu’il faut en sélectionner vingt-six, classons-les par thématiques supposées. Musique Jewish Gangsta (Karim Madani). Sur le mouvement goon, dont je ne sais à peu près rien. New Thing (Wu Ming 1). C’est fait par un bout du collectif Wu Ming <3 et ça parle de free-jazz. Histoire Lequel de nous deux portera l’autre ? (Violaine Lison). J’ai eu l’autrice comme prof en première secondaire, ça crée des liens. Derniers témoins (Svetlana Alexievitch). Ça commence à faire longtemps qu’il attend et ce sera forcément éblouissant (mais dur). Les services secrets au moyen-âge (Eric Denécé, Jean Deuve). Un essai, souvenir du Musée de Cluny. Ça a l’air fascinant. Espionnage, polar Le magicien (Magdalena Parys). Pour me replonger dans le passé difficile de l’Allemagne (de l’est) et parce que j’ai beaucoup aimé 188 mètres sous Berlin de la même autrice. Retour de service (John Le Carré). Ce n’est probablement pas son chef-d’œuvre, mais il faut bien commencer quelque part. Semia (Audrey Gloaguen). Une sorte de polar axé sur le numérique (j’ai un peu peur que ça ait déjà trop vieilli). Contemporain (faute de meilleur qualificatif) Connexion (Kae Tempest). Une non-fiction courte qui m’intrigue, sur la (re)création de liens et la créativité. Eldorado (Laurent Gaudé). Parce que c’est un super auteur français que j’ai trop peu lu à mon goût (grand souvenir de La porte des enfers). Seyvoz (Maylis de Kerangal, Joy Sorman). Une étrangeté écrite à quatre mains dénichée par hasard. Son corps et autres célébrations (Carmen Maria Machado). J’ai adoré son roman Dans la maison rêvée, je ne m’inquiète pas trop pour ce recueil de nouvelles. Rocky, dernier rivage (Thomas Gunzig). J’ai toujours beaucoup aimé cet auteur, je suppose que celui-là ne fera pas exception. Justice (pas le groupe) (Aurélie William Levaux). Acheté de manière impulsive. Ça a l’air de parler du Covid. Imaginaire, SFFF Le Voleur (Megan Whalen Turner). Pour voyager dans un univers inspiré du monde byzantin. Briser les os (Cassandra Khaw). Un petit polar lovecraftien : je prends. Sweet Harmony (Claire North). Très curieux de découvrir cette novella d’une autrice anglaise que j’aime bien. La miséricorde de l’ancillaire (Ann Leckie). Pour terminer les Chroniques du Radch. Scholomance 1 : Éducation meurtrière (Naomi Novik). Pour commencer une nouvelle saga de fantasy dans une école de magie. La maison hantée (Shirley Jackson). Parce que ce n’est jamais qu’un classique du fantastique. Le Silence de la cité (Élisabeth Vonarburg). Tel que je l’ai compris, une sorte de préquelle de Chroniques du pays des mères. Melmoth furieux (Sabrina Calvo). Pas tout à fait sûr que ce sera mon truc, mais je voudrais découvrir l’autrice. Ubik (Philip K. Dick). Une coquetterie : je l’ai déjà lu, mais j’ai aussi envie de découvrir la nouvelle traduction. La grande porte (Frederik Pohl). Un classique de la science-fiction qui m’a échappé jusqu’ici. Le marquis de Bolibar (Leo Perutz). Parce que je veux continuer à découvrir Leo Perutz, après Le cavalier suédois. La guerre des salamandres (Karel Čapek). Chaudement recommandé par la chaîne Youtube Qu’est-ce qu’on lit ?. Est-ce que je lirai religieusement tous ces livres cette année ? Probablement pas. Est-ce que plein d’autres livres vont rejoindre ma pile entre temps ? Très certainement. L’idée c’est surtout de ne pas en perdre complètement le contrôle. ...

03.01.2026

Top lectures de 2025

C’est l’heure du bilan d’une année encore une fois pleine de lectures en tous genres. Alors, comme d’habitude, allons-y pour les livres qui m’ont le plus marqué cette année, sans classement, qu’ils soient récents ou anciens. On commence avec cinq romans, parce qu’il faut bien choisir : Les champs de la Lune, de Catherine Dufour : une merveille de science-fiction tantôt onirique tantôt énervée. Le Livre des comptes, de Martin Mongin : une folie furieuse fantasmagorique avec des poules. Proletkult, de Wu Ming : un tableau surprenant de l’Union soviétique des années 1920, entre utopie et désillusions. Aliène, de Phoebe Hadjimarkos Clarke : ou le malaise d’être isolée à la campagne avec une chienne clônée, des chasseurs remuants et un sociologue. Conquest, de Nina Allan : une enquête à travers des théories du complot bizarres et beaucoup de musique classique. On continue avec deux essais : ...

30.12.2025

Les Tentacules - Rita Indiana

Selon Wikipédia, les anémones de mer “sont un ordre d’animaux marins au corps mou et très musclé” (difficile maintenant de ne pas les imaginer soulever de la fonte à la salle), qui “développent de nombreux tentacules péribuccaux pourvus de cellules urticantes très vulnérantes”. Si je vous dis ça, c’est parce qu’il est pas mal question d’anémones dans ce livre de Rita Indiana, une artiste dominicaine et queer, romancière certes mais également musicienne. Les Tentacules commence en proposant deux récits parallèles situés en République dominicaine à des époques différentes. On commence avec la jeune Alcide qui, dans un futur proche, travaille comme femme de ménage chez Esther, prêtresse et proche du Président. Alors que la faune marine a été exterminée à la suite d’une catastrophe écologique, cette dernière possède en cachette une anémone dont la vente pourrait bien aider Acilde à acheter de quoi effectuer sa transition de genre sans chirurgie. Une perspective qui ne tarde pas à l’obséder, malgré sa sympathie pour Esther. Quant au second récit, il nous ramène au début des années 2000. Argenis, artiste doué mais réduit à travailler dans un call center, est au fond du trou lorsqu’on lui propose de participer à un projet culturel collectif à travers lequel il sera logé et nourri. Il accepte. De ces deux points de départ en apparence sans rapport, Rita Indiana construit un court roman (moins de 200 pages) dans lequel les pièces s’imbriquent progressivement pour nous emmener dans des directions plutôt inattendues. ...

20.12.2025

Le temps des sorcières - Alix E. Harrow

New Salem, Etats-Unis, fin du XIXème siècle. La révolution industrielle bat son plein et la puissance des sorcières n’est plus qu’un souvenir brumeux. Dans ce contexte, trois soeurs séparées depuis sept ans se retrouvent par hasard. Bella est désormais bibliothécaire, Agnès ouvrière - et enceinte. Quant à Genièvre, la benjamine, fugitive et pleine de colère, elle vient de fuir leur père violent pour la dernière fois. Elle assiste à une manifestation des suffragettes - qu’elle compte bien rejoindre - lorsqu’un incident provoqué par Bella ravive l’espoir de rendre aux femmes leurs anciens pouvoirs. Avec ses nombreuses références aux contes traditionnels, Le temps des sorcières est un roman de fantasy qui se situe dans notre monde, lequel est juste un peu altéré par l’existence de la sorcellerie. Il fait aussi plus de 700 pages, ce qui est certes un peu long mais donne tout loisir à l’autrice américaine Alix E. Harrow de déployer son récit et ses personnages comme elle l’entend. Chaque soeur a ainsi droit à son propre arc narratif, qu’il s’agisse du chemin vers la maternité pour Agnès, de la rencontre foudroyante avec l’éblouissante Cléo pour Bella, ou des initiatives politico-révolutionnaires de Genièvre, toujours dangereuses mais guidées par une rage infinie. Quant au principal antagoniste de l’histoire, c’est une espèce de christo-fasciste avant l’heure, tout ce qu’il y a de plus inquiétant, sans compter l’ombre du père violent qui plane sur les trois soeurs. ...

13.12.2025

Conquest - Nina Allan

Après Le créateur de poupées et La fracture, qui m’ont tous deux fait forte impression, j’avais envie de lire un autre roman de Nina Allan et j’ai cette fois jeté mon dévolu sur Conquest. Au risque de passer à côté de l’essentiel, résumons. Suite à la disparition de Frank, sa compagne fait appel à une détective privée, Robin, pour mener l’enquête. Cette dernière apprend que Frank est un jeune programmeur plutôt fragile mentalement, convaincu entre autres choses de l’existence d’une sorte de guerre occulte, mais par certains égards brillant et grand fan de Jean-Sébastien Bach - passion que partage Robin. Le début du roman est rédigé du point de vue de Frank peu avant sa disparition, de manière à nous faire ressentir comment son esprit fonctionne, avant de prendre le point de vue de Robin. En gros. ...

30.11.2025

La Cité des Miracles - Robert Jackson Bennett

Après avoir introduit son univers et ses principaux personnages dans La Cité des Marches et les avoir fait évoluer dans La Cité des Lames, Robert Jackson Bennett clôture ici la trilogie des Cités Divines. Le premier tome avait pour protagoniste l’espionne Shara, le deuxième la militaire Mulagesh ; La Cité des Miracles met cette fois l’homme de main Sigrud aux commandes, le très efficace assistant de Shara qui méritait bien de jouer les premiers rôles. Le temps a passé et le monde a bien changé, entrant à grands pas dans une modernité qui s’amorçait dans les tomes précédents : voitures cahotantes, immeubles tout de verre et téléphones font désormais partie du quotidien aux côtés des quelques miracles restants des anciennes Divinités. L’histoire commence alors qu’un tueur s’apprête à accomplir la mission que lui a confiée un mystérieux et inquiétant commanditaire. Ce sont les conséquences de cette mission qui vont sortir Sigrud d’un exil imposé depuis les événements de La Cité des Lames. Toujours très (trop ?) en forme, quoique rongé par les douloureuses pertes qui émaillent sa vie, notre machine à tuer au grand coeur va devoir faire face à une menace qui, évidemment, n’est pas sans lien avec les Divinités pas-si-disparues-que-ça. ...

23.11.2025

Old Skies - Wadjet Eye Games

Spleen est un mot qui définit très bien Old Skies, un jeu vidéo sorti cette année. Développé par des vétérans du genre (Wadjet Eye Games a été fondé par le game designer Dave Gilbert il y a bientôt vingt ans), ce point’n’click nous fait jouer une agente temporelle, Fia Quinn, dont l’employeur, l’entreprise ChronoZen, permet à de riches clients et clientes d’effectuer des voyages dans le passé. Les raisons de faire appel à ses services ne manquent pas : revoir une dernière fois un être aimé, infléchir un moment crucial de sa vie ou que sais-je encore. Toutefois, pas question de faire n’importe quoi : certaines personnes ou événements sont intouchables, car jugés trop importants, trop influents, pour prendre le risque de les changer. Une entreprise comme ChronoZen est précisément là pour éviter que n’importe qui aille bouleverser du tout au tout le cours de l’Histoire. Cela signifie aussi que le quidam moyen peut bien disparaître si le destin en a décidé ainsi. C’est injuste, mais c’est le business. ...

08.11.2025