L'histoire de Mother Naked - Glen James Brown

Après son premier roman Ironopolis sur lequel je lorgne depuis quelques temps, le Britannique Glen James Brown a sorti son deuxième roman en 2024 : L’histoire de Mother Naked, dont le récit se déroule au XVe siècle dans le nord de l’Angleterre. On est tout de suite mis dans le bain grâce au narrateur, le ménestrel Mother Naked, qui s’adresse à une assemblée de nobles et de marchands réunis pour leur fête annuelle dans la petite ville de Durham. C’est qu’il a une histoire à leur raconter : celle du Spectre qui a terrorisé et causé la perte du village de Segerston, non loin de là, quelques décennies plus tôt. Mais pour en arriver là, il faut revenir un peu en arrière. Raconter le quotidien des serfs harassés par des récoltes épuisantes et parfois bien maigres, les conflits entre familles et les lois immuables (vraiment ?) qui les maintiennent dans leur condition. ...

20.03.2026

Notules (14) - Laura Vazquez, Megan Whalen Turner

Pas facile d’écrire un mot sur La semaine perpétuelle car je n’avais jamais rien lu de pareil, je manque de points de comparaison. C’est bien un roman, mais c’est aussi de poésie en prose. Au-delà des monologues intérieurs et des réflexions dont sortent parfois des fulgurances sublimes, il y a une histoire et des personnages : un père obsédé par la propreté, une mère disparue, une grand-mère aux portes de la mort, un frère et une sœur dont Internet et ses réseaux sont des sortes d’extensions naturelles. L’écriture de Laura Vazquez est une des plus étranges et exigeantes que j’ai jamais vues, et pourtant ce n’est jamais ni verbeux ni prétentieux. C’est même plutôt fluide et je n’ose imaginer le boulot qu’il a fallu pour obtenir ce résultat. Alors bon, je n’ai pas tout compris, mais c’est un livre très singulier et difficile à lâcher. ...

14.03.2026

La guerre des salamandres - Karel Čapek

Karel Čapek a sorti La guerre des salamandres en 1936, deux ans avant que son pays - la Tchécoslovaquie - commence à être dépecé par son voisin nazi suite aux accords de Munich. L’auteur décrit dans ce livre la découverte de salamandres bipèdes sur une petite île du Pacifique, découverte qui entraîne leur multiplication rapide. Avec le temps, elles deviennent capables de parler, puis de construire des digues, puis des aménagements de plus en plus ambitieux, et tout ça sans rechigner à la tâche. Inévitablement, leur force de travail finit par être exploitée pour répondre aux intérêts d’une humanité avide, fascinée, et pas du tout préoccupée par les conséquences potentielles de ce qu’elle est en train de faire. Qu’importe qu’on aille droit dans le mur, si on vit un nouvel âge d’or ? ...

09.03.2026

Notules (13) - Violaine Lison, Sofia Samatar

Violaine Lison m’a appris les rudiments du latin il y a un quart de siècle - environ - et enseigne aujourd’hui le français aux plus littéraires de mon école secondaire. Lequel de nous portera l’autre ?, elle l’a réalisé à partir des carnets de Léonce Delaunoy, jeune séminariste et brancardier dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale, où il a trouvé la mort. Après avoir retranscrit l’entièreté des carnets récupérés, l’autrice distille dans cet ouvrage des extraits choisis, dont elle tisse une histoire étonnante et pleine de sensibilité. J’ai notamment été frappé par la qualité des écrits de Léonce qui, à peine âgé de vingt ans, décrit merveilleusement bien la nature flamande et ses sentiments sans rien cacher rien de l’horreur de la guerre et des tranchées. En y ajoutant sa propre plume, ses réflexions et questionnements, Violaine Lison donne à ces carnets une nouvelle vie de la meilleure des façons. ...

28.02.2026

Sur les ossements des morts - Olga Tokarczuk

Madame Doucheyko vit dans un petit hameau de quelques habitants en Pologne, près de la frontière tchèque. Retraitée mais loin d’être inactive, elle donne des cours d’anglais quelques heures par semaine, surveille les maisons de ses voisins absents pendant les rudes hivers polonais, se passionne pour l’astrologie et aide un ami à traduire de la poésie. Une nuit, elle découvre un de ses voisins mort, étranglé chez lui par un os de biche. Le défunt était un braconnier notoire. Quelques temps plus tard, un second décès survient : un chasseur, cette fois, visiblement assassiné. Troublée, Madame Doucheyko en vient à se demander si les animaux n’auraient pas crié vengeance. Olga Tokarczuk n’est pas prix Nobel de littérature pour rien et Sur les ossements des morts brille sur de nombreux points. Avec sa thématique autour de la chasse et son lien ambigu avec la nature environnante, il m’a rappelé Aliène, de Phoebe Hadjimarkos Clarke. Son ambiance est unique, à la fois paisible et doucement inquiétante, entre le fantastique brumeux et le polar bien concret. Sans isoler ses personnages du monde extérieur, l’autrice réussit à faire planer sur eux une menace sourde. Le récit avance de saison en saison au rythme de la protagoniste, parcourant la région tantôt à pieds tantôt au volant de son fidèle Suzuki Samurai. Madame Doucheyko, opiniâtre, est un personnage éminemment sympathique qui réussirait presque à me faire tolérer l’astrologie. Je suis bien content d’avoir enfin découvert ce roman d’Olga Tokarczuk. J’en lirai d’autres. ...

14.02.2026

Notules (12) - Karim Madani, Cassandra Khaw

Avec Jewish Gangsta, je m’attendais à de la non-fiction traitant principalement de musique, mais j’avais tort. Oui, le journaliste musical Karim Madani traite bien du mouvement goon, un terme assez flou qu’on pourrait résumer ici comme un genre de rap underground de juifs blancs déclassés du début des années 2000, mais il raconte surtout les conditions de sa naissance, à savoir des guerres de gangs dans le Brooklyn du début des nineties. Ça rappelle un peu la série The Wire, mais à New York une dizaine d’années plus tôt et sans le point de vue de la police. De temps en temps, on retrouve des références à l’underground musical via les parcours de Necro et Ill Bill, mais on suit aussi celui de J.J, qui gère un gang de meufs, et d’Ethan, voleur de voitures en reconversion après un séjour en taule. C’est moche, violent, surprenant et puis ça se lit plutôt vite. ...

07.02.2026

Éducation meurtrière - Naomi Novik

Cet hiver, j’ai eu envie de commencer la série Scholomance, dans laquelle il est question d’une école de magie. Dépourvue de profs et totalement isolée du monde extérieur, la Scholomance n’est pas un établissement paisible où l’on pratique l’éducation positive, mais plutôt un lieu extrêmement dangereux au taux de mortalité élevé, bourré de créatures atroces très excitées à l’idée de dévorer des ados débordants de mana. Dans Éducation meurtrière, le premier tome de la série, l’autrice américaine Naomi Novik met en scène Galadriel, El pour les intimes, étudiante en avant-dernière année. Peu appréciée, El est isolée dans un contexte cruel où il est déconseillé de se promener seule et où les alliances et les bons réseaux sont la clé de la survie. Ce que personne ne sait, c’est qu’elle dispose d’un pouvoir redoutable qu’elle se refuse d’utiliser. L’histoire commence alors qu’un étudiant nommé Orion lui sauve la vie pour la énième fois (à son plus grand agacement). Orion, qui, à force de sauver la peau de tout le monde, a gagné une popularité certaine parmi ses camarades qui se bousculent pour le côtoyer. Le rapprochement des deux personnages que tout oppose semble inévitable. ...

31.01.2026

Un regard sur 2016

Apparemment en ce moment la trend c’est de revenir sur 2016. Alors plutôt que de parler de moi, ça m’a plutôt donné envie de me remémorer mes lectures de l’époque (ce qui revient globalement à parler de moi, mais différemment). En science-fiction, c’est surtout l’année qui m’a vu découvrir le cycle de la Culture de Iain M. Banks et durant laquelle je me suis enfilé L’Homme des jeux, L’usage des armes et Une forme de guerre, signe clair que j’étais enthousiasmé par ma découverte de cet univers. Cette année-là j’ai aussi été marqué par Un cantique pour Leibowitz, un roman post-apo de Walter M. Miller sorti en 1960 dans lequel des moines tentent de sauvegarder ce qui reste de la connaissance humaine. Vivant à plein ma passion du moment pour l’exploration spatiale, j’ai lu le pavé Mars la Rouge, premier tome de La trilogie martienne de Kim Stanley Robinson - parue dans les années 1990 - qui nous fait suivre l’installation d’une colonie humaine sur Mars et la terraformation progressive de cette dernière, dans une optique plutôt “hard SF” et une grande attention donnée aux dynamiques sociales. Anecdote amusante : le début de la trilogie prend justement place en 2026. En plus léger, j’ai un souvenir pétillant de Au service surnaturel de sa majesté, de Daniel O’Malley, un roman d’urban fantasy dans une agence gouvernementale britannique secrète spécialisée dans le surnaturel. ...

21.01.2026

Harrow la Neuvième - Tamsyn Muir

Je me suis lancé dans Harrow la Neuvième environ deux ans et demi après Gideon la Neuvième, qui m’avait laissé un souvenir de lecture chelou mais fun. Plonger sans préparation dans ce second tome du cycle du Tombeau scellé était toutefois une erreur. Après une petite centaine de pages, s’est ainsi posée la question de l’abandon pur et simple. À la place, j’ai parcouru quelques discussions sur Reddit (je ne suis pas le seul à avoir envisagé de balancer le bouquin par la fenêtre) et lu un résumé complet du livre précédent pour me rafraîchir la mémoire. Si cela n’a pas suffi à éclairer ma lanterne sur le moment, ces recherches m’ont au moins convaincu de ne pas lâcher l’affaire immédiatement. ...

10.01.2026

En sortir 26 en 2026

Une fois n’est pas coutume, je reprends un challenge, celui de Maghily. Il s’agit de piocher vingt-six livres dans ma pile à lire et de m’engager à d’envisager de les lire cette année. C’est surtout l’occasion de faire le point, car à force de me balader en bouquineries et d’aller - prudemment - en librairie, je commence à accumuler des livres non lus qui n’attendent pourtant que moi. Puisqu’il faut en sélectionner vingt-six, classons-les par thématiques supposées. Musique Jewish Gangsta (Karim Madani). Sur le mouvement goon, dont je ne sais à peu près rien. New Thing (Wu Ming 1). C’est fait par un bout du collectif Wu Ming <3 et ça parle de free-jazz. Histoire Lequel de nous deux portera l’autre ? (Violaine Lison). J’ai eu l’autrice comme prof en première secondaire, ça crée des liens. Derniers témoins (Svetlana Alexievitch). Ça commence à faire longtemps qu’il attend et ce sera forcément éblouissant (mais dur). Les services secrets au moyen-âge (Eric Denécé, Jean Deuve). Un essai, souvenir du Musée de Cluny. Ça a l’air fascinant. Espionnage, polar Le magicien (Magdalena Parys). Pour me replonger dans le passé difficile de l’Allemagne (de l’est) et parce que j’ai beaucoup aimé 188 mètres sous Berlin de la même autrice. Retour de service (John Le Carré). Ce n’est probablement pas son chef-d’œuvre, mais il faut bien commencer quelque part. Semia (Audrey Gloaguen). Une sorte de polar axé sur le numérique (j’ai un peu peur que ça ait déjà trop vieilli). Contemporain (faute de meilleur qualificatif) Connexion (Kae Tempest). Une non-fiction courte qui m’intrigue, sur la (re)création de liens et la créativité. Eldorado (Laurent Gaudé). Parce que c’est un super auteur français que j’ai trop peu lu à mon goût (grand souvenir de La porte des enfers). Seyvoz (Maylis de Kerangal, Joy Sorman). Une étrangeté écrite à quatre mains dénichée par hasard. Son corps et autres célébrations (Carmen Maria Machado). J’ai adoré son roman Dans la maison rêvée, je ne m’inquiète pas trop pour ce recueil de nouvelles. Rocky, dernier rivage (Thomas Gunzig). J’ai toujours beaucoup aimé cet auteur, je suppose que celui-là ne fera pas exception. Justice (pas le groupe) (Aurélie William Levaux). Acheté de manière impulsive. Ça a l’air de parler du Covid. Imaginaire, SFFF Le Voleur (Megan Whalen Turner). Pour voyager dans un univers inspiré du monde byzantin. Briser les os (Cassandra Khaw). Un petit polar lovecraftien : je prends. Sweet Harmony (Claire North). Très curieux de découvrir cette novella d’une autrice anglaise que j’aime bien. La miséricorde de l’ancillaire (Ann Leckie). Pour terminer les Chroniques du Radch. Scholomance 1 : Éducation meurtrière (Naomi Novik). Pour commencer une nouvelle saga de fantasy dans une école de magie. La maison hantée (Shirley Jackson). Parce que ce n’est jamais qu’un classique du fantastique. Le Silence de la cité (Élisabeth Vonarburg). Tel que je l’ai compris, une sorte de préquelle de Chroniques du pays des mères. Melmoth furieux (Sabrina Calvo). Pas tout à fait sûr que ce sera mon truc, mais je voudrais découvrir l’autrice. Ubik (Philip K. Dick). Une coquetterie : je l’ai déjà lu, mais j’ai aussi envie de découvrir la nouvelle traduction. La grande porte (Frederik Pohl). Un classique de la science-fiction qui m’a échappé jusqu’ici. Le marquis de Bolibar (Leo Perutz). Parce que je veux continuer à découvrir Leo Perutz, après Le cavalier suédois. La guerre des salamandres (Karel Čapek). Chaudement recommandé par la chaîne Youtube Qu’est-ce qu’on lit ?. Est-ce que je lirai religieusement tous ces livres cette année ? Probablement pas. Est-ce que plein d’autres livres vont rejoindre ma pile entre temps ? Très certainement. L’idée c’est surtout de ne pas en perdre complètement le contrôle. ...

03.01.2026